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Les éditions Le bruit des autres : Une forêt de signes

23 décembre 2009

par torpedo

Une Forêt de signes (JPEG)
Texte de René Pons
Photographies de Magali Ballet
72 p.
Editions : Le bruit des autres
ISBN 978-2-35652-019-7
16 €

« Ô prince Golaud, où m’as-tu entraîné, à travers les fûts dressés de la forêt ? En sortirais-je ? On ne sort pas de la forêt des mots, on s’y perd à jamais, on y tourne, on y meurt, on s’y décompose, on y disparaît. »

Une critique de Lucien Wasselin (Rétroviseur n° 114, octobre 2009)

La destinée du prince Golaud n’est qu’un prétexte pour René Pons. En effet, après huit pages retraçant la légende, René Pons avoue qu’il n’est pas certain « que la destinée du prince Golaud soit telle qu’(il) vient de la décrire ». Et, partant de ce cas, il met en évidence les avatars des mythes et des légendes pour conclure que la littérature n’est « qu’une série de variations infinies sur quelques thèmes toujours identiques et les écrivains les explorateurs d’un labyrinthe tapissé de miroirs . » Et que les textes, à leur tour, appellent d’autres formes d’art. René Pons, avec une érudition toujours légère et beaucoup de sensibilité, analyse Pelléas et Mélusine, l’opéra de Debussy, d’après l’œuvre de Maeterlinck. Je relève cette phrase : « Je connais peu de chant aussi émouvant que la lettre de Golaud lue par Geneviève et dans laquelle une seule inflexion sur le mot peur, une soudaine altération d’à peine une seconde, suffit à insuffler à un texte banal cette inquiétante étrangeté que peuvent contenir les plus modestes interstices du quotidien, à condition qu’on prenne la peine, cette étrangeté, de la chercher. » Je vois dans ces mots comme éloge de la concision, de la discrétion et de l’anti-académisme de Debussy.

Mais René Pons quitte rapidement le terrain de l’analyse pour laisser sa pensée librement errer dans l’histoire de la littérature et retrouver les héros qui l’ont bouleversé et qui révèlent ce qu’il est.

Commence alors une introspection étrange que tente d’expliquer son écriture, une écriture qui ne serait que « la métaphore de (sa) fuite devant la vie à travers une forêt de signes... » Il faut lire attentivement ces lignes émouvantes d’un écrivain qui, pour discret qu’il soit, n’en est pas moins très prolifique (plusieurs dizaines d’ouvrages et plus de deux cents livres d’artistes). Car René Pons a une vision lucide de la situation actuelle de l’écriture et de l’édition, son travail est à l’opposé de la distraction et du spectacle, de la gesticulation et de la posture propres à de nombreux écrivains médiatiques. Son écriture - et c’est là un gage d’exigence pour le lecteur - est une traque de l’innommable et de l’insituable.

Forêt de signes donc.

Et la troisième partie du livre accompagne étroitement les photographies (d’arbres, de taillis...) de Magali Ballet. Non pour les paraphraser mais pour décrypter en quoi elles sont une sonde de son inconscient. D’où le retour qu’il opère à ses origines, au jardin familial avec ses arbres, son potager et sa petite vigne... Un jardin qui l’a marqué à jamais. Cette dernière partie du livre nous vaut de belles évocations très sensibles où le souvenir se mêle à des références littéraires et picturales.

Aussi le lecteur est-il entraîné (malgré lui ?) dans une forêt de signes qu’il ne quitte, quand le point final est mis, qu’avec difficulté tant ce livre est prenant.

LE BRUIT DES AUTRES

torpedo