Retour au format normal


e-torpedo-le webzine sans barbelés
OTAN La liberté bafouée, des Strasbourgeois sidérés

7 avril 2009

par torpedo

(JPEG) OTAN . À Strasbourg, les habitants ne sont pas dupes de la stratégie déployée par les autorités, y compris en matière de communication.

Strasbourg, envoyé spécial.

Lundi matin, l’émotion était palpable dans Strasbourg. Les habitants étaient atterrés par les images vues de manifestants pacifistes empêchés de défiler, de haines attisées par les comportements des forces de l’ordre... Le titre des Dernières Nouvelles d’Alsace synthétisait une de leurs interrogations :

« Qui paiera ? »

Mais plus encore, les Strasbourgeois, notamment ceux qui habitent le quartier du Neuhof où était situé le campement des anti-OTAN, se demandaient : « Pourquoi un tel déploiement des forces de l’ordre, et autant de casse ? »

Plus de 24 000 membres des forces de l’ordre étaient déployés dans la ville.

Pas dupes, les habitants mettent en cause la pertinence des manoeuvres de la police, de la gendarmerie, de la BAC et des CRS, qui, disent-ils, « ont survolé en hélicoptère, sans cesse, la manifestation et le camp et empêchent tout le monde de dormir, mais qui contrôlent quand tout le monde part... »

Surtout, il semble que la presse n’ait pas été la bienvenue. Au regard de ce qui est arrivé à Hugo Hayat (voir entretien), on peut même dire que c’est un euphémisme.

C’est, en réalité, toute la pensée alternative qui n’avait pas le droit de s’exprimer.

Ainsi, alors que les anti-OTAN quittaient le camp, ils étaient fouillés, au corps, même. Et ils devaient abandonner certains de leurs effets, comme ces jeunes clowns venus d’Allemagne qui durent laisser leurs Opinels. Mais aussi leurs journaux : Junge Welt, journal de la gauche allemande. Ou encore ce jeune Français ayant l’Humanité dans son sac : à la poubelle ! Elle était, d’ailleurs, avant tout remplie de journaux, tracts, et autocollants qui véhiculaient une pensée commune : « Non à l’OTAN ». Une conviction qu’il fallait apparemment cacher.

Toutes ces humiliations, répétées des centaines de fois dans la journée, ont amené certains gendarmes à déclarer, à voix basse : « À quoi ça sert ! ? » Un autre avoue : « C’est ridicule, j’en ai marre. » Un habitant d’une soixantaine d’années regarde les fouilles. Il affirme :

« J’ai honte de ce qui se passe. »

Pourtant, Michèle Alliot-Marie, la ministre de l’Intérieur, a déclaré ce matin sur LCI : « Les forces de l’ordre avaient trois missions : permettre que ce sommet existe, il s’est tenu ; protéger les habitants et les personnes, il n’y a pas eu de blessés ; permettre que la manifestation existe, il y a eu manifestation même si elle a été perturbée. » Ces déclarations, répétées à l’envi, n’ont pas réussi à faire croire que la stratégie fut la bonne. D’ailleurs, sur cette même chaîne, on pouvait entendre, dimanche : « À Strasbourg, des pacifistes ont paradoxalement semé la violence. » L’amalgame : voilà l’intention poursuivie, pour essayer de jeter le discrédit sur ceux qui, malgré toutes les difficultés leur barrant la route, avaient réussi à se rassembler.

Comme l’indique le Mouvement de la paix, « le débat a été refusé aux Français à propos de la réintégration de la France dans le commandement militaire de l’OTAN. Il aurait pu s’exprimer et s’organiser à Strasbourg. Le gouvernement a fait un autre choix en entretenant un climat de tension et une stratégie provocatrice qui illustre le rôle dévolu à l’OTAN ».

Une fois encore, la stratégie est la même : criminalisation des manifestants, désinformation, entrave aux libertés publiques et individuelles. Mais des questions restent en suspens, qui appellent une réponse rapide :

pourquoi interdire à un journaliste de filmer ?

comment imaginer qu’en trois points, les flammes partent, alors que les forces de l’ordre sont aux alentours ? qu’en est-il des déclarations de certains témoins affirmant que « le matériel lacrymogène n’était pas celui réglementaire ? » Certes, il n’y eut - heureusement - pas de morts comme sur d’autres lieux. Mais la voix d’Alliot-Marie n’apporte pas de réponse à la question de fond :

« Peut-on manifester sans être criminalisé ? »

Fabien Perrier

Source : HUMANITE

torpedo