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e-torpedo-le webzine sans barbelés
Da Capo

23 novembre 2008

par Regis Duffour

(JPEG) Je ne suis pas un terroriste parce qu’une des définitions de ce mot est la suivante :

système qui règne par la terreur.

S’il y a un système qui règne par la terreur c’est qu’il doit en avoir les moyens, les moyens d’être un système. Je n’ai pas les moyens d’un système outre que je n’ai pas la volonté d’être un système et encore moins un système de terreur.

Par contre, sans peine, j’en vois un, le plus puissant de tous, qui règne ainsi par la terreur et c’est l’Etat.

Ce gouvernement en particulier règne par la terreur, par les expulsions, par le démantèlement de la sécurité sociale, par la criminalisation de l’opposition, par la censure et les atteintes à l’expression, par les ravages de politiques qui induisent une augmentation des maladies mortelles, des suicides, des dépressions, des morts suspectes en prison, par la surveillance, par la criminalisation de la petite enfance, par la sur-médiatisation d’un terrorisme qu’il fabrique et dont le rôle est de propager la terreur et de diviser des concitoyens qui tous souffrent des mêmes maux : les ravages du capitalisme, et il inflige ainsi à ses citoyens une peine double : les conséquences de sa politique de terreur et les graines de la discorde avec le voisinage.

Ce gouvernement règne par la terreur en disciplinant chacun à la haine et en instillant ainsi le règne de la guerre de chacun contre tous.

Quand tous les voyants sont au rouge et puisque le capitalisme est en faillite permanente il est aisé de détourner l’attention sur des "terroristes" (le mot prêterait à rire) pour s’éviter d’être jugé sur ses résultats ; catastrophiques (augmentation des suicides, problèmes climatiques, accroissement de la pauvreté etc...). Les terroristes sont les alliés objectifs de l’Etat et en l’absence de terroristes il lui faut bien en fabriquer.

La sortie concomitante de deux films « Mesrine » et « Baader » dans un climat tendu. Pourquoi ? Sans doute pour susciter, chez de jeunes gens fragiles et perdus, des vocations. Dûment instillé le sentiment d’héroïsme à travers l’action terroriste, par l’image cinématographique et sa grande médiatisation, qui s’opposera aux rêves instrumentalisés de ces jeunes gens ? Parce que cet Etat ne craint pas le terrorisme, il en a besoin.

Quand des avions s’écrasent sur deux tours et qu’il eut été plus dommageable et rédhibitoire qu’il atteigne cette autre cible qu’est une centrale nucléaire, l’avion est écrasé avant de l’atteindre ; une ligne de TGV est sabotée et la police en est prévenue avant que ne survienne le pire, de qui se moque-t-on ? Un sabotage perdu en pleine campagne sur des centaines de milliers de kilomètres de voies. Heureux Etat incapable de tout mais passé maître en l’art de déceler une micro-aiguille sur un territoire de 675 417 km2 ! Un Etat qui laisse filer Paul Touvier pendant plus de trente années et qui retrouve le jour J, le seul acte de sabotage qu’on ait jamais dirigé contre lui depuis plus de vingt ans, sur une surface de 675 417 km2 ! Une telle efficacité quand il trouve un intérêt à l’être et tant de moyens, tant de dépenses pour des résultats qui vont par ailleurs de catastrophes en catastrophes.

M.Demange député UMP assassine sa maîtresse et se donne la mort. Mme Hoffman-Rispal du groupe socialiste fait observer à l’Assemblée nationale une minute de silence. Son nom circule déjà sur toutes les lèvres. Quand ils ont fait d’une affaire privée une affaire publique, ils ont envoyé un signe fort au peuple de France. Leur arrogance s’accompagne d’une solidarité forgée dans l’ignominie qui nous conforte tous dans l’opinion que nous avons des uns et des autres, à chaque coin de l’hémicycle. En une minute d’un long silence entaché de corruptions, de la mort de sans papiers, de femmes battues et tuées et d’autant qu’elle est femme, de maladies mortelles et de suicides de plus en plus fréquents, de propagation de l’insécurité morale et des troubles psychiques, du malheur qu’elle et les siens font au monde, en une minute de temps ils ont absous tous les crimes qu’ils commettent soit directement, soit indirectement.

C’est une minute chargée de cadavres.

Puissent leurs voix résonner durablement dans les têtes de ces députés.

Dans cette affaire d’un couple qui demande conjointement le divorce parce que la femme, musulmane, n’était pas vierge avant le mariage, M.Devedjian, prétend que la France médiatique et le public s’intéressent au sort de la femme. La minute de silence et la chasse aux étrangers à Calais infirment ce mensonge. C’est l’islam qui est visée.

La France est un pays raciste et c’est un hongrois et un arménien qui portent le saint glaive des croisades de l’argent, les élus piétinent les femmes battues et c’est une femme, socialiste qui donne la mesure, et c’est dans tous les cas une femme arabe (Dati) une africaine (Yama Rade) qui portent et le racisme dans ce pays et les souillures sur le corps décharné et meurtri des femmes battues. Le voilà le superbe métissage et la parité à la française, des femmes arrogantes et cruelles contre des femmes assassinées, des hongrois, des arméniens, des arabes, des africaines contre de pauvres ères basanés qui ont pour seul tort de devoir faire oublier à la France, haineuse et débile des suiveurs que des femmes, des hongrois, des arméniens, des arabes, des africains travaillent à propager la terreur raciste et phallocrate, pour cacher la forêt gigantesque de leurs forfaitures et le vol et le saccage organisé de la planète et de la majorité des hommes et des femmes qui y survivent.

Le « nivellement brutalement totalitaire du monde » dont rendait compte Pasolini « ce que le fascisme historique avait échoué à réaliser, le nouveau pouvoir conjugué du marché et des médias l’opère en douceur (dans la servitude volontaire) : un véritable « génocide culturel », où le peuple disparaît dans une masse indifférenciée de consommateurs soumis et aliénés ».

Alors j’ai vu :

Tout commence, le passage d’homme, sans rites initiatiques, par la balance où l’on soupèse les avantages comparés de la poursuite d’une idée qui nous est propre ou de l’engouffrement dans une voie, la filière où l’idée initiale ne sera plus qu’un jeu de paraître à soi pour mieux disparaître avec les autres. L’une nourrit de l’intuition première qu’au demeurant, l’innocuité est d’entres toutes inventions, l’événement du corps au repos consentie comme le mieux-disant d’un rapport à l’autre, à moins de percevoir pareilles dispositions d’impulser conjointement le mouvement infime, l’inclination à esquisser dans l’ombre, des gestes, des paroles et des regards clandestins. Tout s’achève par un document qui récuse la clandestinité, oblige cependant à vivre comme tel et pour peu que l’on porte l’infime signifiance matérielle du document sur un globe il en recouvre l’immensité.

Depuis qu’au fil du temps l’organisation hebdomadaire de l’ennui, régulé dans un temps marchand, me procurait plus d’écoeurement qu’elle ne me laissait à la satisfaction d’occuper ma vie, je songeais, que d’une certaine manière, j’y suppléerai avantageusement en donnant au verbe de la voix, sur les murs d’une institution, par une après-midi pluvieuse où j’ignorais encore que les puissances de l’organisation, en apparence antagonistes, se revendiqueraient également de la Cité, en marginalisant mon acte ; Je concevais là toutes les nuisances de l’organisation.

Et jamais tant qu’aujourd’hui, on expulse.

Tandis qu’un petit groupe dont j’étais, campait sur la place marchande du centre-ville, au milieu d’une foule grouillante, que ni les banderoles, ni la voix de cette enfant menacée, ne paraissait devoir nous ramener ; j’étais sur le moment saisi par le pathétique, le dérisoire de la lutte, le sentiment abyssal de l’extranéité de l’homme à l’enfant, de l’homme à l’homme qui les jours suivants me remplirent d’un tel effroi, qu’il me semblait que je devenais dans la foule, un étranger aux autres,

un étranger à moi-même...

***

En quelques années on est passé d’une guerre psychologique menée par le pouvoir et dont Norman Mailer rendait compte en 1954, à la torture psychologique. De quoi amener de l’eau au moulin de Jacques Ellul qui disait au sortir de la guerre qu’Hitler l’avait gagné du moment que les démocraties, ou revendiquées comme telles, usaient des mêmes méthodes que les nazis.

Or ce gouvernement propage la terreur du manque et ses conséquences ravageuses en imposant un capitalisme sauvage.

Ce gouvernement est terroriste parce qu’il impose un système où règne la terreur.

Si l’on doit juger des terroristes qu’on juge alors en premier le despote et sa cour.

-  Régis Duffour

Regis Duffour