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« ANDREVON CHANSONS : VOL.1 » : un joli coup de poker
par Sirieix

13 février 2008

par torpedo

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Trèfle (de balivernes) : LE PERSONNAGE

Figure emblématique d’un Mai 68 exempt de tout délitement idéologique et consumériste, Jean-Pierre ANDREVON est resté quarante ans durant fidèle à toutes les couleurs progressiste de ce monde : la verte (pour sonner l’alerte), la noire (en sobre anar), la rouge (pourvu que ça bouge).

Sa bibliographie, vaste et polyédrique, est d’une qualité telle que même le plus indécrottable parisianisme branchouillo-littéraire ne saurait le priver d’une postérité dont par ailleurs il se fiche éperdument (et qui surviendra le plus tard possible, puisqu’il semble bien décidé à faire la nique à Lazare Ponticelli...).

Depuis longtemps je me délectais de la plume sombre et lucide de cet anti-pape de la SF et du fantastique français (et de la SF et du fantastique tout court) : « Sukran », « Le désert du monde », « Gandahar », « Le dernier dimanche de Monsieur les Chancelier Hitler », « Le Travail du Furet », « Neutron », « Gueule de rat » ou le tout récent « Le monde enfin » occupaient déjà une place de choix dans ma bibliothèque lorsque j’eus la chance de provoquer notre rencontre...

Carreau (gorille) : LA GÉNÈSE DU DISQUE

Fin 2006 je tombai sur un petit recueil, « Andrevon chansons ». J’y découvrais que le bougre peignait lorsqu’il n’écrivait pas (en particulier Grenoble, sa ville natale, de préférence après quelque catastrophe naturelle), dessinait lorsqu’il ne peignait point (surtout des chats et des éléphants ; je connais à présent les quatre chats, mais ignore toujours où il planque ses éléphants...), militait activement dans la foulée (anti-nucléaire de la première heure, végétarien s’octroyant de rares écarts, pamphlétaire - « Les cent jours de Sarkozy », publié sur Libé - d’un mini-président écopant d’une tarte à la m... et finissant seul dans la salle Jupiter, critiquait pour « l’Écran Fantastique », collaborait avec le « Charlie Hebdo » de la grande époque et... surprise... composait des chansons dans le rare temps libre restant.

Après lecture de ses textes, que je trouvais emprunts d’une poésie colorée sans colorants, je découvrais, dans une discrète postface teintée d’amertume, son regret de n’avoir jamais pu enregistrer un disque. Je le contactai donc par courriel, arguant que de nos jours on pouvait réaliser de très correctes choses avec un minimum de connaissances techniques et de matos (ce dont je disposais très exactement). Ne me restait plus qu’à découvrir, par delà son emballement spontané, si sa voix et ses musiques seraient à la hauteur des textes.

La réponse - reçue deux jours plus tard sous forme de cassette antédiluvienne - m’en fit prendre pour mon grade : ses mélodies, servies par une belle voix de montagnard sur un étal d’harmonies accrocheuses, s’estampillent illico dans le crâne.

Ce fut donc en sa maison haut perchée sur les hauteurs de Grenoble, celle de Lionel Terray, alpiniste fameux et ancien résistant, que je l’enregistrai l’hiver dernier lors d’une deux-jours mémorable, passant les six mois successifs à broder quelques arrangements qui fussent de notre convenance.

Après maintes torsions de fréquences, dont je ne serais jamais sorti sain d’esprit sans les compétences phoniques de mon ami et complice Walter F., nous parvînmes à un résultat final allant bien au delà de nos plus optimistes prévisions...

(qui s’y frotte s’y) Pique : LE DISQUE EN SOI

« ANDREVON CHANSONS, VOL.1 : Je viens d’un pays » est un ovni tel que j’espérais en apercevoir depuis longtemps. Virevoltant certes à des années-lumière des agitations électrifiées qui caractérisent mes chers Trois Fois Rien, mais avec lequel je ressens - passez-moi l’oxymore - un profond lien « d’étrange familiarité »...

Une œuvre dense et légère à la fois, qui aurait taxé dieu sait quelle machine à dévaler le temps pour nous rendre visite en cette époque de nains et ballerines à gogo(s) - ou « à Sarko », comme vous préférez... Quatorze chansons puisées dans une besace qui en contient des centaines - plus « Actualités » en guise de reprise sur la gâteau (ou cerise sur la galette) -, réparties à peu près ainsi :

les attendrissantes : « Marie », ou l’histoire d’une veste où chacun reconnaîtra ses râteaux d’antan ; « À Stéphane Golmann », hommage sans âge ni ambages à un mentor aujourd’hui disparu (et de son propre aveu, hélas bien oublié).

les engagées : ces « Étrangers ! » dont seuls patronymes et degré de bronzage changent au fil des décennies, mais pas leurs persécuteurs ; ou bien ce « Héros » dont on ne sait plus trop bien, après tant de mercenariat sans merci, s’il est un produit ou un rebut de la société (ou les deux)...

les désopilantes : « De Grenoble en Dauphiné », une bourrée jubilatoire mettant au pilori tous les imbéciles heureux osant encore naître quelque part - y compris Destot et Carignon ; « Le cimetière de Framboisy », ou ce qu’il en coûta au père Lazare de vouloir s’en ressusciter à frais d’enterrement casqués ; « Celles », vibrant soliloque faussement machiste rendant hommage à la gente féminine toute.

les « camardantes » : la très tendre et sans retour « Je viens d’un pays », ciselée sur le quatuor existentiel naissance / enfance / chance / absence ; l’implacable « Dimanche m’attend » et ses variations poétiques à faux variable ; et « Les chanteurs morts », qui en vertu d’un refrain génial aurait tout aussi bien pu figurer parmi les désopilantes (un problème récurrent chez Andrevon : à force de mélanges, ce druide des mots n’en finit plus de nous sortir des potions aussi savoureuses qu’inclassables de son chaudron - mais non, ce n’est pas une sublimipub pour cette grosse daube d’« Astérix aux J.O. »...

les « un fil plus personnelles » : « Nous ne sommes faits que de chemins », où trêve de fausse modestie, notre touche-à-tout constate mine de rien que sa plus belle histoire c’est... lui ; « Épitaphe », ou le meilleur témoignage qu’il m’ait été donné de trouver sur la condition de l’artiste et de son rapport à un public qu’il espère en symbiose et une œuvre qu’il sait inachevable ; « Le vieux 68ard », autoportrait brut de décoiffage et sans complaisances d’une génération qui, en définitive, aura fait couler beaucoup plus d’encre que de sang (et c’est très bien ainsi, qu’on se le dise une bonne fois pour toutes).

(coup de) Cœur : LE DISQUE VOLANT

Et puis... Et puis... Et puis, sans incommoder Frida, il y a l’ovni dans l’ovni... Une chanson tellement universelle que sa bouleversante beauté vous saute aux oreilles - et vous trépane le cortex - dès la toute première écoute : c’est « L’été ».

En vous laissant la surprise de découvrir de quoi il en retourne, je vous mets au défi de dégotter une autre chanson qui puisse, par delà l’aberration anthropologique que constituerait une langue pouvant traverser siècles et ères géologiques, avoir été écrite il y a 1000 ou 100.000 ans (ou bien l’être dans 1000 ou 100.000...) et demeurer tout autant au diapason avec l’éternel - sans majuscule, car il n’est ici nullement question de démiurges - comme « L’été »...

Sirieix

Si vous voulez jeter un coup d’oreille : Andrevon

-  VOL.1 : JE VIENS D’UN PAYS, CD 15 titres, dont un texte parlé et une chanson de Stéphane Golmann

-  CENT ET UNE CHANSONS, recueil d’autant de textes (dont les 14 interprétés dans le CD), enjolivés de six dessins.

Si vous désirez vous procurer ces productions, une seule adresse : celle de l’auteur (42 rue Saint Laurent - 38000 Grenoble), qui vous servira à domicile grâce aux bons services de la poste. Le CD : 12 € (+2 port). Le LIVRE : 15 € (+3 port). CD+LIVRE : 27 € (port gratuit)

-  source : Bellaciao

torpedo