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Chanson d’orage : l’utopie quotidienne des sensibilités
de Paul Régnier

16 novembre 2007

par torpedo

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Chanson d’orage Chroniques des Aînées

Par Paul Régnier Aux Editions Chloé des lys : chloe.deslys@hotmail.com

Il y a très longtemps, sur la Terre aux climats bouleversés par les fumées volcaniques envahissantes et développements de populations agressives, quelques espèces découvraient leurs consciences animales.

Les Aînées se distinguaient par une sensibilité empathique et une culture asexuée, un corps agile et résistant, des mains aussi fermes qu’habiles. Leur curiosité et leur ingéniosité n’avaient pas de limite. Pour leurs regards, leurs moeurs et leurs inventions, elles furent rejetées par les autres populations.

Les Aînées ne préfigurent rien des humains. Elles ont fui la Terre avant que nous n’assurions la gloire de l’esprit de domination.

Chanson d’orage est le premier volume des souvenirs des dernières Aînées, avant leur fuite définitive de la jalousie terrestre.

Tome1, 342 pages- Tome2, 260 pages - 20,5*14,7 cm Sur commande : Les Éditions Chloé des Lys : 26.rue de Maulde, 7534 Barry, Belgique.

Courriel : chloe.deslys@hotmail.com

Chanson d’Orage

Extraits

-  L’enfance

Elle était dans les parfums magiques qui lui procuraient une infinie ivresse. Son corps était là et pourtant ailleurs. Elle se vit dans cette planète immense, peuplée d’insectes gigantesques qui semblaient l’ignorer.

Ils se nourrissaient de ces perles de sève, consciencieusement accrochés aux rugosités de la peau de la plante par leurs pattes griffues et articulées. Ces corps hexapodes vivaient comme le sien, à leur façon. Car elle sentait son corps capable de ses mêmes besoins de vie et de nourriture, de mouvements simples, mécaniques et sensuels.

L’esprit des insectes était sourd à ses tentatives d’approche.

Elle avait beau se plonger dans leur dimension, elle ne rencontrait qu’une froideur consciencieuse, rationnelle, et sans distance au présent. Ils reconnaissaient chaque chose comme élément d’un environnement parcellaire, de proche en proche. Ils ignoraient ce que l’ailleurs leur réserverait. Pourtant leurs mouvements étaient guidés par des signes de présences, toujours certaines. Ils se dirigeaient ainsi dans la certitude d’un ailleurs sans en sentir le devenir et la douceur.

Elle retourna à la plante. Sa chaleur fraîche rayonnait d’être sensuel. Elle était tout d’amour pour la lumière et pour la Terre qu’elle buvait. La chaleur du ciel se faisait assommante. Elle cherchait l’ombre et sentait la sueur de la plante exprimer sa fatigue.

Une petite araignée tissait fébrilement un cocon renforcé. Elle sentait l’orage. Les nuages ne se montraient pas, mais le ciel était blanc. Elle retrouvait son corps humide de sueur et collant de résine. Son parfum lui remonta dans les narines et la tête lui tournait déjà.

Elle sentait la présence solide de sa mère dans son cœur suivre ses rêveries avec les autres vies. Maintenant son pelage poissait et sa chevelure serait difficile à démêler. Elle entreprit de récolter les fines traces de sève gluante dans sa fourrure avec une cuillère que lui tendit son aînée qui retourna de son côté à son labeur.

Tout en raclant son ventre poisseux, elle sentait l’orage la gagner. Elle voyait en elle des réseaux d’énergie illuminer l’espace. Elle était avec les choses et un rêve plus profond s’annonçait en elle. Elle sentait un besoin de devenir gronder en elle, un chant tumultueux et profond en résonance avec les entrailles de cette planète que tous nommaient la Mère.

...
-  Entre Mères

Fleur de miel appréciait par dessus tout la présence de son enfant aventureuse.

Autre façon d’explorer le vivant.

L’enfant poursuivait des bancs de poissons, rivalisant d’adresse à la nage avec une bande de Grandes gueules qui l’auraient bien croquée s’ils avaient été assez rapides.

Elle jouait avec un mélange de peur, de fascination et de fièvre sensuelle dans le corps.

Elle se mouvait avec la matière hasardeuse de l’environnement et les présences vivantes.

Elle se laissait porter dans une danse qui cherche à se nourrir de l’instant, repousser sa faim et sa finitude.

Fleur de miel ne s’inquiétait plus de ce jeu de chasse. L’enfant enhardie avait un instinct aussi sûr que sa compagne et lui servait de protectrice depuis quelques temps, quand elle était trop concentrée sur ses relevés, ou des tâches techniques délicates.

Elle avait le don pour trouver des endroits invraisemblablement dangereux à étudier et l’enfant vigilante sentait les présences avec précision.

Ses collègues aussi passaient plus de temps à la protéger qu’à l’aider dans ses travaux. La moindre expédition avec Fleur de miel se transformait toujours en aventure périlleuse, dans des tempêtes titanesques, ou sur les territoires de populations particulièrement jalouses.

C’était aussi ce qui faisait son charme aux yeux de Griffe bleue.

Il est temps de sortir de tes calculs...

Tu as raison... Tu as vu comme elle les nargue ! Ils sont insensibles à sa séduction. Évidemment. Et elle rêve déjà dans leur esprit. Depuis ce matin, le sommeil l’appelle. Je vais la chercher et la mettre dans le cocon.

Ici, c’est la même chose. Elle a passé la journée à suivre les identités énergétiques un peu comme tu les conceptualises... Elle nous renvoie en l’incarnant ce qui nous avons aimé chez l’autre.

Oui... Je te retrouve en elle de plus en plus... Surtout quand nous sommes séparées ? Il va falloir s’organiser. Mes collègues vont prendre la relève au puits. Je resterai dans le cocon.

Ici, tu sens l’orage ?... Je ne suis pas fâchée de laisser mes cultures pendant quelques jours. J’ai fini les canaux pour drainer l’eau... Je suis très fière de mon oasis. Même si je ne suis pas dans un désert...

Le désert est fascinant, quand on y fait éclore la vie... Je te retrouve plus tard en rêve.

...

-  Tendresse partagée

Elle avait suivi les pensées de Griffe bleue et sentait déjà le langage vouloir éclore dans sa gorge et dans son esprit. Mais elle était encore toute de sensations pures et vierges, et pourtant si bien organisées... Comme ses constructions de briques que faisaient certaines Aînées dans les déserts au lieu des cocons végétaux. Elle rejoignit Griffe bleue pour se baigner de sa douce force sensuelle.

Doucement, petite souillon... lui dit-elle en riant, je vais d’abord finir cette toilette. Je ne tiens pas à être engluée par une amante juvénile trop impatiente...

Oui, j’ai senti ce que tu cherches. Nous allons récolter tout cela et nous étudierons méthodiquement ces matériaux plus tard...

En attendant, j’aime que tu te sentes belle...

Ta chevelure est une merveille...

Comme la mienne...

Elle est ta douceur et ta force...

Son exigence viens de sa fragilité... Comme cette vie que tu aimes explorer... Et comprendre.

Les bulles chaudes du bassin massaient leurs corps tendus de la lourde chaleur du jour.

Elles jouaient toutes les deux des gargouillements de l’eau et des turbulences dont frémissaient leurs fourrures.

Elles riaient des plaisirs de la toilette complice. Puis elles se séchèrent dans la colonne d’air soufflé et parfumé d’épices.

Elles se peignèrent soigneusement la chevelure avec une affection presque narcissique.

Griffe bleue ferma le cocon que la pénombre envahit, avant de se lover dans la soie des coussins.

L’enfant, la grande enfant, sommeillait déjà. Son long corps musculeux avait repris les couleurs fauves et naturelles de son espèce. On pouvait apercevoir des zébrures indigo erratiques parcourir le pelage. Le rêve allait gagner la conscience de cette nouvelle Aînée.

Griffe bleue s’allongea à côté d’elle. Elle était épuisée par ces deux dernières journées de labeur. Elle pensait à ses cultures qui s’adaptaient de mieux en mieux aux conditions du désert lointain, de récoltes en récoltes.

Elle réussirait à reverdir ce désert grâce à ces semences manipulées génétiquement.

Elle contactait son aimée qui était, elle aussi, auprès de la rêveuse. Elles se plongèrent dans leur rêve commun et s’aimèrent, sans distance.

Sur la côte, entre les dunes, les joncs flottaient gracieusement dans le vent.

L’eau des lagunes s’irisait de vaguelettes fébriles, fuyant dans des directions incertaines et se perdant dans leur course essoufflée.

Parfois, un volant au cuir jaune sifflait dans son vol, rasant la surface pour y donner un coup de bec précis et emporter un poisson, agité de surprise et stupéfait de ce brusque changement d’atmosphère.

Puis le vent reprenait sa chanson solitaire dans le paysage impassible et chaud.

Le ciel laiteux était plombé par de curieuses brumes sèches qui s’effilochaient et se diffusaient très haut au-dessus des nuages.

Parfois, elles retombaient en se mêlant aux vents de sable dont elles ternissaient les chaudes colorations.

Quelque chose au loin envahissait l’atmosphère et la salissait, insensiblement, sans égard pour les Enfants de la Terre qui aimaient la lumière franche, l’air pimenté des millions de parfums floraux et résineux.

Fleur de miel emmenait son amante lointaine dans une balade bucolique à travers ce territoire où elle recherchait les secrets de l’histoire planétaire.

Elle aimait cette poésie des plantes à fleurs.

Elles étaient apparues dans la diversité de la nature, en même temps que leur étrange espèce semblait-il, parmi les Enfants de la Terre.

...

-  Montrer le Nom

L’orage grondait tout autour du nid. Dans les palmes de l’arbre et sur les parois du cocon, la pluie faisait un tintamarre assourdissant.

Les éclairs filtraient brutalement dans l’obscurité de la chambre qui vibrait le temps d’un grondement de tonnerre.

L’enfant était plongée dans une lueur émeraude irisée de lumière ambrée et de voiles d’indigo.

Elle parcourait les univers de sa vie silencieuse, toute d’écoute et d’empathie, d’observation et d’expérimentation concrète et sensuelle, complice et lucide. Elle dansait avec les émotions qui revenaient du chaos de l’existence, ordonnées par ce lien que son corps établissait dans les faits avec les images ressenties.

Elle voyageait dans ce monde qui était le sien et elle était lui. Elle s’y infiltrait, s’y construisait.

L’univers la coproduisait.

Elle résonnait avec la passion calme et vigilante de ses parentes, avec les suscitations de sa curiosité insatiable de jeune Aînée. Elle vibrait de concert avec les formes et les forces de la matière dont le mouvement était vie.

Elle était toute de questions et de certitudes de présence aux choses sans nom.

Les images étaient là, se formant et se transformant avec sa présence. Elle sentait la fusion avec les chaleurs des ondes qui émergeaient de relations indénombrables qui réalisaient le monde.

Elle sentait peu à peu son être se définir, centre de perception et d’action, d’essence et de volition.

Elle voyait toute la distance se construire par ce corps qui faisait son existence et son histoire.

Elle entendait plus distinctement les sons de chaque être comme la signature d’une identité à reconnaître.

Des mots venaient de chaque langage comme des signaux en attentes de résonance, de réponse et de participation à un devenir.

...

-  Fièvres vitales

Chanson d’orage aimait ce monde de la forêt sauvage et riche de vie, secrète et présente, où chaque ombre peut signer la présence d’un être qui cherche son devenir.

La forêt sentait bon la sérénité qui vient après la fureur de l’atmosphère. Les végétaux étaient suaves des eaux du ciel, alourdis des sels de la Terre. Elle sentait cette matière diffusant dans le ciel depuis une lointaine source. Elle avait vu dans les pensées de Fleur de miel les volcans dont jaillissaient intarissablement ces nuages épais dans des gerbes de feu et des coulées de roches liquides.

Elle avait voyagé dans les particules de poussières minérales qui dansaient dans les rayons de lumière solaire, filtrés par les feuillages.

Elle avait reconnu cette fine matière, s’infiltrant avec les eaux dans les réseaux microscopiques du sol, pour se dissoudre et se fondre avec les molécules nourricières de la végétation.

Elle sentait l’unité diversifiée de cette vie dans chaque être, jusque dans son sang qui pulsait dans ses membres comme dans ceux du Sauteur qu’elle sentait proche.

Il y avait d’autres présences qui convoitaient la vie délicate de la proie.

Une tribu de bipèdes se déplaçait non loin. Ils étaient riches d’émotions et d’expériences.

Griffe bleue aimait aussi les partager.

Leurs vieux se donnaient avec bonheur pour finir dans la joie une vie qui s’éterniserait dans la fatigue d’un corps vieillissant. Ils aimaient rire et jouir comme les Aînées. Ils se partageaient curieusement les tâches, déséquilibrés par une reproduction sexuée et les fécondateurs étaient toujours plus agressifs que les mères.

Des petits carnassiers arboricoles hurlèrent à leur passage, comme pour trahir leur présence. Les chasseuses savaient répondre à cette crainte agressive en diffusant la sensation de la douceur de leur fourrure.

Les petits mammifères remontaient toujours dans les branchages avec des regards étonnés.

Elles sentaient pourtant une indicible force de caractère dans ces cœurs aux vibrations fébriles.

Ils vivaient à l’ombre de créatures gigantesques et se nourrissaient du monde diffus des insectes. ...

...

-  Hors le Mal

Griffe bleue avait senti les présences aussi précisément que sa fille, mais elle connaissait mieux les habitudes torves des prédateurs.

Elle savait prendre des chemins détournés pour contrer leur tactique. Ils avaient l’habitude de chasser à plusieurs, les uns poursuivant une proie pendant que d’autres cherchaient à lui couper le chemin.

Et leur jeu était souvent difficile à contrer.

Les combats souvent sanglants et douloureux.

Mais Chanson d’orage ne sentait pas leur heure venue. Elle voyait dans l’esprit de son aînée la course claire se développer dans la forêt. Elle sentait encore en elle la force de leur proie du matin. Aucune peur ne faisait frémir son échine.

Et elle avait aussi envie de se battre.

Quelque chose la mettait en colère dans l’esprit qu’elle sentait chez ces animaux. Quelque chose qui lui donnait envie de les affronter, de ne plus fuir, de ne plus courir.

Quelque chose qui n’avait rien de ce bonheur de l’amour vivant.

De la colère, pas vraiment de la peur.

Et Griffe bleue fit sentir à son enfant que cette émotion était dangereuse, mauvaise.

Car elle la conduirait à oublier sa vie et d’abord sa survie.

Ils détruisent d’abord la bonté que tu as dans le cœur. Ils sont les seuls à faire cela. Ils font baisser les gardes de leur proie de cette façon. L’an passé au rassemblement, plusieurs peuples l’on fait remarquer, avec peine. La paix est troublée...

Elles couraient de plus belle, avec un rire moqueur de cette intelligence maligne qu’elles sentaient sur leurs traces.

Les reptiles les tenaient encore serrées. Et elles sentaient ceux qui faisaient barrage, plus loin. Il faudrait les surprendre et se séparer au dernier moment.

Elles fixaient les embusqués dans leur rêve. Elles leur envoyaient des vibrations de rires et de jeux pour les décontenancer. Ils semblaient y être insensibles. Ils perdaient seulement leur discrétion et leur concentration.

C’était suffisant.

A quelques foulées devant leurs agresseurs, elles se séparèrent et tournèrent leur chemin brutalement.

Puis s’enfoncèrent dans les végétations herbeuses au sortir de la forêt. Le village était encore loin. L’une comme l’autre cherchaient la rivière où leurs poursuivants ne nageraient pas. Chanson d’orage et Griffe bleue se coupèrent l’une de l’autre.

Elles fusionnèrent avec leur terrain et leur course personnelle.

...à suivre...

...

L’auteur

Né dans un pays à la géographie docile, tempérée et généreuse, j’aime courir et sentir la vie des bois, des champs et des rochers.

En ces temps de sixième extinction globale et de retour de l’obscurantisme, j’explore les cultures par divers métiers me permettant de survivre.

Mes personnages sont autant de projections de mon regard sur la vie, que d’espoirs de réalisations.

Je faisais souvent des exercices de "visualisations" pour positiver un peu mon triste sort et m’imaginais des personnages afin de combler ma solitude : alors je me suis mis à les décrire et à les dessiner, à raconter ce qu’ils me rapportaient de leurs périgrinations dans l’univers.

Et puis un jour, un éditeur associatif m’a dit avoir apprécié mes quelques premiers fichiers...

Tous leurs livres sont disponibles par retour du courrier. Il suffit de leur envoyer un courriel ou un courrier postal en leur demandant la procédure à suivre.

En commandant par la maison d’édition, vous bénéficiez directement d’une remise de 30 %

Les Éditions Chloé des Lys : 26.rue de Maulde, 7534 Barry, Belgique

Courriel : chloe.deslys@hotmail.com

Tout cela ne fera peut-être pas ma fortune, mais si quelques bonnes âmes ont quelques choses à nous répondre, merci de leurs lectures, regards, émotions et contacts. Et pour le cas miraculeux où j’intéresserais un employeur :

Qu’est-ce que j’ai foutu dans la vie et de quel pire suis-encore capable !

De : paul

torpedo