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Appel à rassemblement des prostituées

15 octobre 2007

par torpedo

(JPEG) Le 5 novembre 2007 pour les 5 ans du mouvement de 2002 contre la pénalisation du racolage, les différentes associations de travailleuses du sexe appellent à se réunir de nouveau pour maintenir leur opposition à la répression. Comme il y a 5 ans le rassemblement aura lieu devant le Sénat mais cette fois-ci nous viendrons avec nos parapluies rouges, nouveau symbole de la communauté des travailleuses du sexe.

Une première réunion d’organisation et de préparation a eu lieu le lundi soir 15 octobre à 18H30 au local du Bus des Femmes, 58 rues des Amandiers, Paris 20 ème M° Père Lachaise.

Cette réunion est ouverte à toutes celles qui veulent lutter contre la répression quelque soit leur opinion sur la prostitution.

-  Contribution du groupe Les Putes à L’Assemblée Générale du Réseau Résistons Ensemble

Nous regrettons de ne pouvoir être présentes à cette assemblée, mais tenons fermement à participer à la construction de ce réseau.

Nous, prostituées et travailleuses du sexe, sommes confrontées depuis la Loi de Sécurité Intérirure (LSI) du 18 mars 2003 à une répression policière grave, dénoncé par nombreuses associations et mouvements.

Bilan de la répression :
-  Amendes : l’Etat est le plus grand proxénète de France. Les amendes à répétition pour racolage, ou stationnement (pour celles travaillant en camion), persistent et se multiplient tel au bois de Vincennes ou elles sont de 125 euros par soir et par fille en moyenne. Les camions sont souvents mis à la fourrière, obligeant à payer de nouveaux frais pour les récupérer après des rafles collectives.

-  Arbitraire : le délit de racolage est laissé à l’entière appréciation des forces de police qui multiplient les gardes à vues et rappels à la loi (permettant à l’arrestation suivante de caractériser la récidive).

-  Harcèlement : outre le harcèlement sur le tapin même par les contrôles arrestations et amendes, nombreuses de nos consoeurs, une fois fichées comme prostituées, subissent la répression jusque dans leur vie privée, tel des patrouilles qui menacent de les arrêter au sortir de chez elles, dans leur rue...

-  Racisme : la LSI, en stigmatisant les "étrangères" a permis l’expulsion massive de sans-papiers. Loin de les protéger de supposés réseaux mafieux, elle fait dépendre le droit à la protection du statut de victime à la condition de dénonciation et n’a en réalité pour but que la déportation vers le pays d’origine. Seule la régularisation de tous les sans papiers permettrait d’éviter la contrainte matérielle à une prostitution non-choisie à cause de l’exclusion du marché du travail classique. Il a même été vu des cas où, sortant largement de la légalité lors d’un contrôle, les ATS (autorisation temporaire de séjour) ont été confisqués ou détruits, rendant impossible leur présentation lors du contrôle suivant et exposant la personne à la mise en centre de rétention et déportation.

-  Catastrophe sanitaire : le fait d’avoir des préservatifs sur soi est, pour la police, caractéristique du racolage et sont parfois confisqués par pure intimidation. La prévention devient donc plus difficile et les risques de contamination VIH/sida et autres MST-IST augmentent. En outre, il arrive que des patrouille de police suivent ou se place à côté des bus de prévention empêchant alors tout travail de prévention ou assistance sociale.

-  Violences policières : avec la répression et la toute puissance accordée à la police, humiliations, violences, raquette, tortures et viols sont courants. Le "chantage à l’arrestation" est une conséquence directe de la loi. Dans les rares cas ou les auteurs sont poursuivis (7 policiers jugés pour viol il y a un mois, où seule une victime sur les 4 ayant porté plainte a pu se constituer partie civile, les autres ayant été expulsées ou introuvables) les peines témoignent de l’impunité dont bénéficie la police (sur les 7 accusés, 3 peines d’amendes et 2 aquittements).

-  Clandestinité et violences : cette répression a permis de vider les lieux traditionnels ou s’exerçait la prostitution pour la repousser loin des centres villes où l’on voit s’installer de nouveaux proxénètes faisant payer le droit de travailler dans ces zones. Isolées et clandestines, nous n’avons aucun moyen physique ou juridique de nous défendre et sommes donc des cibles de choix pour toute forme d’agression. On estime que le nombre de viols sans préservatif a été multiplier par 10 depuis l’entrée en vigueur de la loi. cf : l’inventaire de l’association cabiria (Lyon) répertoriant ces diverses horreurs.

-  Acrobaties répressives : la répression intitiée par la LSI en dépasse aujourd’hui son cadre initial. Il arrive que ce ne soit pas des poursuites pour racolage mais pour exibition qui soient entamées permettant d’autres sanctions telle l’injonction thérapeutique (obligation de consulter un psy) à la fois pour le client et la prostituée. L’implication est de nous catégoriser commes personnes inadaptées, justifiant ainsi un tel encadrement par les forces de l’ordre. Par ailleurs cet été un juge a Nice a étendu la définition du racolage en l’applicant à des clients.

Bref, une politique de punir tout le monde et partout.

-  Proxénétisme : Sarkozy prétendait lutter par cette loi contre le proxénétime. Nous sommes en première ligne pour lutter contre la contrainte et le raquette de proxénètes et ne bénéficions clairement pas du moindre soutient des forces de l’ordre pour nous défendre contre eux, bien que la loi nous oblige à la délation.

Un exemple récent est édifiant : un militant associatif et ami avec qui nous travaillons est intervenu pour protéger une femme victime de proxénétisme de contrainte. Après l’avoir receuillie chez lui, il a porté plainte contre l’agresseur. Les policiers ont relaché le proxénète au bout de quelques jours sans lui cacher l’identité de celui qui l’a dénoncé. Nous sommes à ce jour sans nouvelles de notre ami...

-  2002 a vu un mouvement contre la loi Sarkozy sans précédent depuis la Révolution des Putains de 1975.

-  Le 5 novembre 2002 a eu lieu un grand rassemblement devant le Sénat contre le vote de cette loi.

Après 5 ans de lutte nous appelons à un rassemblement cette même date devant le Sénat pour en exiger l’abrogation.

Nous invitons le réseau Résistons Ensemble à signer le texte d’appel (ci-joint) ainsi qu’à participer aux réunions inter-associatives d’organisation de ce rassemblement.

D’autres projets sont en cours tels l’édition de guides juridiques pour le tapin, des stages d’auto-défense féministes ou le soutient à ADEP (association pour le droit d’exercer la prostitution) basée à Périgueux, menacée de dissolution par la préfecture...

Ci-joint également la lettre aux députés exigeant l’abrogation de la LSI. Les textes sont suceptibles de modification lors des réunions inter-associatives, et seront finalisés le 15 octobre.

Enfin, nous réaffirmons notre solidarité avec toutes les victimes des lois sécuritaires, racistes et des violences qu’elles engendrent.

-  Cadyne, Co-Présidente du groupe Les Putes

Membre de l’inter-associative Droit et Prostitution.

Courrier des prostituées, membres des associations : *ANA, Arap-Rubis, Autres Regards, Bus des Femmes, Cabiria, Entr’Act Lille, Grisélidis, Les Putes * Avec le soutien des associations non communautaires : *Arcat, Femmes publiques, Médecins du Monde de Nantes. * (liste non exhaustive)

Lettre à nos représentantes.

Madame la députée,

Objet : demande de rendez-vous.

Vous venez d’être élue ou réélue au sein de l’Assemblée Nationale. A cette occasion, nos associations avec celles qui nous soutiennent, vous interpellent afin d’abroger au plus vite la loi sur la Sécurité Intérieure , dont l’article L50, qui en fait une des plus sexiste de la République.

Depuis le vote de la loi pour la Sécurité Intérieure du 18 mars 2003 et de son article L50 contre le racolage passif, nous sommes constamment la cible des forces de police. Une unité spéciale l’USIT, a été créée afin de se spécialiser dans notre répression.

Toutes les nuits, des rafles ont lieu afin de nous arrêter.

Le but officiel de cet article de loi était de lutter contre le trafic d’êtres humains mais dans les faits les arrestations des réseaux existants n’ont pas augmenté bien au contraire. Cette loi est sur ce plan inefficace et contreproductive.

Nous constatons en effet sur le terrain une augmentation des situations de violences à notre encontre à commencer par celles de la police, ainsi que la nécessité de trouver de nouveaux protecteurs pour nombre de femmes.

Les victimes de trafic n’ont en outre pas bénéficié de protection comme le prévoyait la loi. Elles ont pour la plupart étaient reconduites à la frontière ne bénéficiant que de quelques Autorisations Provisoires de Séjour remises en échange d’une dénonciation de proxénète.

Car le véritable but de cette loi était d’éloigner du territoire le plus grand nombre de prostituées étrangères et de nous déplacer des centres-villes.

Si les juges prononcent des peines d’interdiction du territoire pour infraction à la législation sur les étrangers, force est de constater qu’ils ne prononcent pas des peines d’emprisonnement pour racolage. Ainsi, sous couvert de lutte contre le racolage et de traite des êtres humains, nous assistons à la mise en œuvre d’une politique de contrôle de l’immigration à l’encontre des personnes prostituées étrangères.

En réaction, la police a adopté une stratégie d’harcèlement afin de nous forcer à la clandestinité.

Durant ces 4 dernières années, certaines de nos associations ont tenu un journal des répressions qui dresse le constat de ces violences (1) La Ligue des Droits de l’Homme a elle-même dénoncé les conséquences de cette loi dans un rapport rendu public le 22 juin 2006.(2) Concrètement, la police nous insulte, nous frappe, nous gaze, nous rackette, nous confisque nos matériels de prévention, notre argent et affaires personnelles. Nous sommes humiliées dans les commissariats, mises à nues avec fouilles au corps. Les femmes transgenres et travesties sont souvent enfermées dans les cellules des hommes, la police espérant qu’elles soient agressées par les autres détenus.

Au bois de Vincennes par exemple, les policiers remettent plusieurs PV et amendes chaque jour, la première étant en général de 35 euros, les suivantes remises parfois 5 minutes après montent à 90 euros. Les viols sont beaucoup plus nombreux et parfois commis par les policiers eux-mêmes. Ces faits ont rarement pu être rapportés par les médias nationaux (3) et la plupart des crimes restent impunis.

Il est patent que nous n’avons aucun droit.

Il est très difficile en effet de porter plainte sous peine d’être soi-même arrêtée, ou expulsée.

Le seul droit que nous ayons est celui de payer des impôts.

Cela n’est pas pour nous déranger à condition que les devoirs soient suivis des droits.

A défaut, les plus âgées d’entre nous ne peuvent bénéficier d’une retraite et sont contraintes de continuer à travailler.

Devant tous ces faits, madame la députée, nous vous demandons de mettre fin à la répression et à nous accorder les mêmes droits que les autres travailleurs. Ce n’est pas en nous réprimant que la lutte contre le trafic d’êtres humains pourra avancer.

Nous sommes en revanche les mieux placées afin de faire avancer cette lutte.

Nous ne sommes pas des délinquantes. Nous sommes des citoyennes à part entière. Nous ne demandons pas d’avantages particuliers, nous demandons le respect et l’égalité Nous exigeons l’abrogation de la Loi pour la Sécurité Intérieure.

Nous restons à votre disposition pour toute information complémentaire et espérons vous rencontrer très prochainement.

Dans l’attente de réponse, veuillez agréer Madame la députée, l’expression de nos salutations distinguées. Notes :

(1) cabiria maincourante
(2) www.lesputes.org/*ldh*.pdf
(3) nouvelobs.com

Reseau RESISTONS ENSEMBLE

torpedo