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Désormais pour les Américains, tout est « la faute aux Irakiens »
par Guillemette Faure

8 juin 2007

par torpedo

"Les Irakiens n’ont pas saisi l’opportunité qui leur était présentée." C’est Hillary Clinton qui l’a dit dimanche soir lors du débat démocrate. Les troupes américaines, elles, ont rempli leur mission, a-t-elle expliqué. "Elles ont renversé Saddam et elles leur ont donné des élections." Et regardez ce que les Irakiens en ont fait...

Ce n’est pas la première fois qu’Hillary fait porter le chapeau de la débâcle irakienne aux Irakiens. L’été dernier, dans une conférence au Council of Foreign Relations, elle avait accusé le gouvernement irakien de tenir "la crédibilité américaine en otage". Il était temps, selon elle, d’expliquer que les "forces américaines ne seraient pas toujours là pour accommoder leur déni".

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Gonflée, Hillary ?

Elle n’est pas la seule.

Pour pouvoir justifier un retrait sans avoir à reconnaître une défaite américaine, démocrates et républicains s’accordent maintenant à blâmer les Irakiens. Les républicains soulignent ainsi que ce n’est pas leur politique qui est en cause ; les démocrates s’évitent de porter la mauvaise nouvelle d’une défaite américaine et d’apparaître comme un parti de perdants en réclamant un départ d’Irak. Et pour les démocrates qui, comme la sénatrice Clinton, ont voté pour l’entrée en guerre, la manoeuvre leur permet de ne pas remettre en cause leur vote.

La tendance s’observe dans tout le spectre politique, du président Bush qui le premier mentionne que "[sa] patience a des limites" à Barbara Boxer, la très progressiste sénatrice de Californie, qui déclarait en novembre : "Nous avons donné leur liberté aux irakiens, et qu’en font-ils ? Ils se tuent les uns les autres..." Ce type de discours décrit des Irakiens s’accommodant assez bien de la situation actuelle, comme lorsque dans une note au président avant sa démission, Donald Rumsfeld écrivait qu’un léger désengagement militaire américain pousserait "les Irakiens à se remonter les chaussettes."

Au Sénat, quand le Congrès tentait d’obtenir un calendrier de retrait d’Irak, le démocrate Carl Levin a expliqué qu’il était "temps que le Congrès explique aux Irakiens que c’est leur pays". Un calendrier de départ d’Irak enverrait "une bonne dose de réalité aux leaders Irakiens". Sur quel nuage vivent-ils donc, ces Irakiens...

Surveillez les discours de tous les candidats démocrates aux présidentielles de 2008 et vous entendrez la même chose : on a fait ce qu’on pouvait en Irak mais les Irakiens ne sont pas à la hauteur. "Assez dorloté ! Assez hésité !", a même protesté Barack Obama l’an dernier.

C’était même, indirectement, la stratégie de sortie proposée par le pourtant célébré Iraq Study Group de Baker et Hamilton : conditionner l’assistance américaine à des objectifs que le gouvernement irakien est supposé atteindre, ce qui, en supposant que les objectifs soient inatteignables, permet ensuite de partir la tête haute. Une stratégie que Zbigniew Bzrezinski avait résumée par les mots "blâmer et partir".

Démocrates et républicains auraient dû lire ce que Anthony Cordesman, analyste militaire réputé, avait expliqué dès novembre au magazine Time, en sentant cette tendance monter : "Lorsqu’on lâche un éléphant dans un magasin de porcelaine, on ne blâme pas le magasin pour la vaisselle cassée."

-  source : Rue89

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