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La culture également décomplexée ?
par Benjamin Sauzay

6 juin 2007

par torpedo








La dernière mésaventure survenue aux Ogres de Barback

Sans aucune intention de vouloir à nouveau refaire le discours sur le supposé manque de considération de la droite pour la culture, il me semble important de relater l’infortune survenue aux Ogres de Barback récemment.

Ce groupe, bien connu dans le style chanson française java-rock et pas spécialement réputé pour la violence de sa musique, était programmé au Centre Culturel Aragon d’Oyonnax le 5 mai dernier, veille des élections.

Le concert n’a pas plus au maire UMP d’Oyonnax (enfin, ce qu’on lui en a dit, puisque lui n’y était pas).

Alors, M. le Maire le fait savoir.

En effet, un passage vidéo du spectacle fait légèrement allusion aux, pour faire simple, élections présidentielles. Passage, allez avouons-le, plutôt défavorable à Nicolas Sarkozy. Aucun membre du groupe ne relaye ensuite oralement ce passage. Nous étions donc à des années lumières d’un quelconque meeting politique ou d’un certain concert place de la Concorde.

Parlant d’un incident grave, le maire, qui ne trouve pourtant rien à redire sur le nom de son centre culturel (Louis Aragon), envoi un courrier aux Ogres de Barback.

Dans cette lettre, après avoir exposé son interprétation des règles républicaine (pas de prise de position dans les lieux publics, fin de la campagne officielle dont pourtant seuls doivent se soumettre les radio-télévisions et les partis politiques), M. le Maire proteste ensuite sur le fait que ce spectacle ait été organisé « aux frais des contribuables locaux » (en partie seulement) « d’une ville ayant votée à près de 60% pour Sarkozy »

Voici un lien vers la lettre du maire et la réponse des Ogres : orangerougevert

-  Qu’en sera des films que devront projeter le cinéma d’Oyonnax ou des livres disponibles à la bibliothèque ?

Tout le monde connaît cette phrase de Voltaire : « je suis en profond désaccord avec vos idées mais je me battrais jusqu’à la mort pour que vous puissiez les exprimer » Chaque citoyen jouit de cette liberté.

Les artistes, comme les journalistes ou d’autres, sont le moteur de cet acquis.

N’hésitant pas à bousculer nos consciences, ils ont fait évoluer le monde, jusqu’à devenir des références universels...

comme le Louis Aragon du centre culturel de M. le Maire qui ne se préoccupe ainsi pas, à juste titre, qu’il fut un grand communiste.

Cette histoire dépasse le simple fait anecdotique.

Nombreux, parmi ceux qui travaillent pour la culture au niveau local, connaissent les pressions incessantes exercées par les élus sur ce que doit diffuser ou accueillir les établissements culturels. Finalement, ces pressions sont essentiellement basées sur le goût personnel de l’élu ou sur ce qui lui semble, à lui, valable.

Malgré cela, des élus ont compris le sens de l’intérêt général que représente la culture, des objectifs que celle-ci doit atteindre, de ce que peuvent apporter des artistes dans une ville.

Par exemple, voyons comment Nantes a pu incroyablement se développer avec notamment une politique culturelle dynamique.

-  Ainsi, le rôle d’un maire ou d’un président de conseil général est-il de décider ce que SA population doit entendre ou voir ?

C’est une question que l’on croyait réglée depuis longtemps.

Pourtant, ce fantasme est encore aujourd’hui palpable par beaucoup d’acteurs culturels. Fantasme qui je l’espère ne sera pas assouvi par la grâce de la droite autoproclamée décomplexée.

Le plus inquiétant est que ce verrou est prêt à céder au moment même où les collectivités locales n’ont, du fait de la décentralisation, jamais eu autant de moyens pour la culture. Malheureusement, via ces moyens financiers, « la culture » est de plus en plus utilisée pour faire la promotion d’une ville ou à des fins électoralistes. Nous voyons ici ou là fleurir de grands évènements ou manifestations tape à l’œil.

La culture et les artistes sont de plus en plus détournés de leur but ultime.

Pour préserver la diversité culturelle et la place de référence que nous avons dans le monde, il est primordial de laisser les moyens dévoués à la création, au minimum ceux-là, à des instances centralisées et désintéressées.

source :
-  Agoravox

Lire également l’échange de courrier

torpedo