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Elections Présidentielles 2007 :
Une guerre des générations est-elle en vue ?

10 mai 2007

par Jean Dornac

(JPEG) S’il est une intuition doublée d’une inquiétude que je connais depuis plus de dix ans, c’est bien que risque d’éclater, tôt ou tard, une « guerre des générations ». Plus précisément entre les jeunes et les vieux. Les jeunes entre 16 et 35 ans environ et les vieux à 65 ans et plus... L’élection de Nicolas Sarkozy risque, à l’évidence, de nous rapprocher de cette situation de crise majeure...

Je ne cherche pas à faire peur, mais à livrer des faits qui, à mes yeux, sont inquiétants. Mais, tout d’abord, je veux préciser que je ne parle pas de tous les jeunes ni de tous les vieux. En fait, le partage entre les deux camps antagonistes passe également par la pauvreté et la richesse, comme toujours depuis que l’humanité a eu la tragique idée d’instaurer la propriété privée sur tout et en particulier sur ce qui devrait revenir de plein droit à tous, c’est-à-dire les ressources naturelles. Autre remarque, pour éviter les malentendus, le mot « vieux » n’a dans mon article aucun sens péjoratif.

Une ligne de fracture

Cette ligne de fracture entre vieux plutôt riches et jeunes plutôt pauvres ressemble à une poudrière qui n’attend qu’une étincelle pour exploser.

Cette situation très dangereuse est surtout vraie pour les pays riches, tous ces pays qui connaissent depuis plusieurs décennies une chute importante du nombre des naissances avec, en parallèle, l’augmentation de l’espérance de vie. Par le choix de Nicolas Sarkozy, un choix très nettement majoritaire chez les personnes âgées de 65 ans et plus, le danger se précise parce qu’il y a eu, là encore, l’apparition d’une très grosse fracture entre jeunes et vieux. Nous pourrions rire de cette situation, si ses conséquences se limitaient à ce qui est d’amblée évident, c’est-à-dire que Nicolas Sarkozy est avant tout le chouchou des retraités, des retraités riches, des vieux rentiers et autres profiteurs, mais également des vieux qui vivent en permanence dans la peur, la peur de tout, la peur pour tout. Lui qui prétend être le chef de tous les Français est particulièrement celui des vieilles générations, ces générations dont de trop nombreux membres sont atteints par la peur panique, le renfermement sur soi, l’absence d’espérance, l’échéance finale étant proche ou relativement proche. Ce sont également des générations qui ont baigné dans les ambiances nationalistes et colonialistes d’avant la dernière guerre ; des générations qui n’aiment guère les étrangers qu’ils assimilent d’office à des gangsters ; des générations qui, habituées parce qu’élevées ainsi, à l’autoritarisme héréditaire, n’aiment pas, mais alors vraiment pas les jeunes assimilés tous à des voyous, tous à des « racailles » (hé oui, Monsieur Sarkozy), tous à des drogués ou encore tous à des flemmards...

Il est curieux de constater combien les intérêts de ces vieux coïncident avec ceux du chef de l’UMP. Parce que (combien de fois l’ai-je entendu ?) ce sont ces mêmes générations d’avant le baby-boum qui ne peuvent s’empêcher de penser et d’être convaincues que tous les chômeurs sont d’office des paresseux, mais aussi des parasites qui, sous une forme ou une autre, sont responsables de la mauvaise situation des retraités, mais également responsables de la prétendue « catastrophique situation économique française ». C’est encore parmi ces générations que l’on trouve le plus de « croyants » (en religion) convaincus, voire sectaires, et en tout cas qui se laissent facilement convaincre que l’islam cherche à nous coloniser pour nous convertir de force à la religion du prophète.

Je ne suis pas certain qu’il faille considérer tous ces citoyens à l’âge avancé comme responsables de leurs pensées ni de leur vote de ce dimanche 6 mai. Non pas que je les considère comme des ignares ou des êtres séniles, mais parce qu’ils font partie de ces générations endoctrinées par la mentalité franchouillarde, militariste, amoureuse du drapeau et de l’hymne national plus que de la vie des citoyens ; parce que rien, dans leur jeune âge, leur a permis de penser qu’on pouvait se révolter contre une mentalité vieille de plusieurs siècles et pour certaines choses vieilles de plusieurs millénaires. Ce qui a permis à des gens de mon âge, entre 50 et 60 ans grosso modo, de nous libérer de ces chaînes pesantes, étouffantes, de ces chaînes anesthésiantes de l’esprit, c’est la révolte de mai 68.

Et là, évidemment, on comprend parfaitement l’intérêt d’un Sarkozy de vouloir solder l’héritage de 68 !

L’esprit de révolte qui est toujours le nôtre, je parle de ceux qui sont restés fidèles à cette pensée, cet esprit est de façon absolue à l’opposé de la pensée sarkozienne alimentée par les dérives néoconservatrices américaines.

Le respect, ça se mérite...

Lorsque j’étais gamin, tous les adultes, parents y compris, m’enseignaient le respect des vieux. Comment discuter quand on est haut comme trois pommes et que les adultes ressemblent à des géants détenant toujours et à jamais la vérité...

Mais aujourd’hui, alors que je ne suis plus très loin de la tranche fatidique de l’âge de ceux que je critique dans cet article (plus que quelques années de sursis pour moi), je me dis que le respect, ça se mérite !

Sauf à être totalement déconnectés des réalités, ces retraités qui, pourtant, devraient avoir plus de temps pour chercher des infos ailleurs que sur TF1, des infos crédibles, ces retraités donc ne pouvaient pas ignorer dans quels bras ils allaient jeter la majorité des générations plus jeunes qu’elles. Ils ne pouvaient pas ignorer non plus qu’ils condamnaient certains d’entre nous, et certains de leurs propres descendants directs, à la prison ou pire, si jamais ces « rejetons » s’avisaient de résister à leur maître.

-  Et s’ils sont ignorants, qu’est-ce qu’ils foutent dans un isoloir ?!

J’ai l’air violent comme ça, mais en fait, je ne fais qu’exprimer ma colère, mon incompréhension de ce vote fatal à la démocratie...

Les gamins de ce temps...

Le grand problème, le grand risque que ces vieux électeurs nous imposent, c’est que les gamins d’aujourd’hui, eux, n’ont aucune raison de se retenir. Le jeune âge n’est pas souvent l’âge de la réflexion et, par définition et quasi obligation, ce n’est pas non plus l’âge de l’expérience. Qu’est-ce qui va les retenir de se révolter à la fois contre le pouvoir, mais aussi contre les responsables de la situation catastrophique à venir, situation liée au choix fait par les vieux, situation dont ces jeunes seront les premières victimes ?

Tous ceux de mon âge qui se sont révoltés en 68 ont ensuite eu du travail.

Nous n’avions pas de question à nous poser, nous pouvions même changer de boîte comme on change de chemise. Il est vrai qu’ensuite, les générations qui sont nées à partir de 1950 ont été massacrées par le chômage...

Il n’empêche qu’à 20 ans, nous avions l’avenir devant nous et ce ne sont guère les vieux, encore très minoritaires, qui nous préoccupaient. Nous avions rejeté leurs pensées que nous jugions régressives, déprimantes, répressives aussi. Nous avions rejeté le nationalisme, le paternalisme, l’autoritarisme et le moralisme de papa... Tout cela sans grande violence, quelques pavés dans les rues de Paris et de province, mais pas de guerre de générations.

Après 1968 et son fameux mois de mai, même si ce n’était pas le rêve, nous disposions de la liberté de pensée, de circuler, d’aimer...

Et pour les jeunes d’aujourd’hui ?

Rien de tout cela n’est vrai aujourd’hui, pour les jeunes.

Déjà, nous qui avons connu le chômage, nous savons que nous allons, sans cesse, être appauvris, que nos retraites n’auront rien de comparable avec celles des générations qui nous ont précédés. Mais, en nous, pour beaucoup d’entre nous, je le crois, l’esprit de résistance est toujours vaillant. Nicolas Sarkozy peut faire ce qu’il veut, mais contre ça, il ne pourra rien, il ne soldera pas aussi facilement qu’il le croit et veut, l’héritage de 68. Cet héritage est dans nos cœurs et dans nos esprits.

Nul doute, cependant, que cette volonté revancharde des générations précédentes, générations dont beaucoup de membres n’ont jamais accepté notre révolte et ses nombreux fruits, a beaucoup plu. Elle n’est sans doute pas pour rien dans le vote d’un certain nombre de vieux, dimanche passé. Cela signifie, hélas, une volonté d’enlever toute chance d’avenir aux jeunes de ce temps. Il me paraît évident que l’avenir des jeunes n’est pas le problème des vieux préoccupés de leur sécurité, préoccupés de la sécurité de leurs biens, préoccupés de remettre en selle la morale brise-liberté qu’ils ont connue et expérimentée avant de la faire leur.

Trop d’individus de ce groupe générationnel ont oublié qu’un jour ils étaient jeunes...

L’avenir, pour les jeunes qui ne font pas partie des rares castes de privilégiés, est des plus noirs. Sarkozy et ses néoconservateurs français, à l’exemple des néoconservateurs américains et anglais, vont bel et bien donner du travail à tous les jeunes.

Mais ce travail, quel que soit le nom qu’on va lui donner, sera un travail obligatoire à rémunération la plus basse possible.

Tous ceux qui n’accepteront pas ce diktat se retrouveront au chômage sans indemnité, seront désignés à la vindicte populaire comme parasites de la société. Une grande partie de ce « travail à venir » se trouvera dans trois catégories bien précises :

-  Le bâtiment
-  Les métiers de bouche
-  Les services à la personne

Les deux dernières catégories de « métiers » bénéficieront principalement aux électeurs vieux, les seuls qui pourront se payer les services « des petits jeunes » à moindres frais. Ce sera de l’exploitation et rien d’autre, une exploitation mise en place par l’élu de cœur de ces vieilles générations qui lui en seront « éternellement » reconnaissantes.

Je pense et j’espère que, parmi ces bénéficiaires, certains sauront respecter les jeunes, voire les aider à trouver autre chose, un travail digne pour un salaire digne.

-  Mais combien en profiteront pour déverser leur bile sur ces jeunes qu’ils méprisent cordialement ? Combien se passeront d’être des délateurs zélés contre ces exploités ? Si tel devait être le cas, alors on peut s’attendre au pire... Ce sera un nouveau développement de haines et de violences.

Ma crainte est là : Que le ressentiment entre vieilles générations encore aisées et jeunes générations spoliées ne finisse en affrontement et ne finisse, trop souvent, dans le sang. Si ceci devait s’enclencher, quelle chance aurions-nous d’échapper à une guerre civile abominable ?

Ce d’autant plus que le clan politique de Sarkozy saura, par aveuglement orgueilleux et recherche de pouvoir absolu, monter non seulement les générations les unes contre les autres, mais également les diverses communautés qu’ils rendront, par leur politique, antagonistes.

Alors, il me reste à espérer que mon intuition n’est pas fondée, que tout cela ressorte du simple cauchemar ne devant jamais avoir lieu...

Et vous, qu’en pensez-vous ?...

source : Altermondelevillage



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