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Mon Usine.... Parallèle....la suite... nouvelle d’Andy Vérol

17 avril 2007

par torpedo

(JPEG) Avant que les températures n’augmentent de façon significative, nous vivions une époque étrange où toutes les formes de rituels avaient été supprimées ou commercialisées ou détournées de leur finalité première. Le passage à la vie adulte n’était gradué par aucune phase particulière, ni par aucune forme de cérémonie ou de bizutage...

J’avais fait mon service national, mais nous savions tous qu’il allait être supprimé, si bien que nous n’y accordions qu’une importance aléatoire. Nous pouvions rester des petits cons... Il n’y avait plus vraiment d’étape entre l’adolescence et la vie adulte.

L’impossibilité de trouver un travail digne de ce nom dès les premiers jours de notre majorité, nous contraignait, pour les plus privilégiés d’entre nous, à rester chez papa/la/maman/la/famille/reconstituée/déchirée et à continuer des études...

Pour ceux qui n’avaient pas de famille/banquable, il y avait l’hyper/courage (livrer des pizza et obtenir une licence quelconque en quatre/cinq années), ou la perdition (trafics pour les plus valeureux, suicide pour les plus courageux, shoot permanent pour les plus idéalistes.).

Pour les plus privilégiés, issus des classes moyennes, il y avait les ordinateurs, les portables, le t’chat, les sms, mms, msn, etc. Une communauté virtuelle totalement bordélique se constituait, où se nouaient des liens plus sex-toys que flirts tranquilles. Ceux qui ne souhaitaient pas jouer à ce jeu de procréation animale virtualisé pouvaient se rattraper en diffusant leurs morceaux de musique ou leurs créations chiassardes à la vue de tous.

Il n’existait plus de monde réel. Ou si peu.

De moins en moins.

Les papas et les mamans issus d’autres époques réalisaient que c’était bel et bien liquéfié. On mangeait de plus en plus bio comme pour rattraper tous les abus des années 70 - 90 où l’on s’était mis à consommer sans foi, ni loi, sans éthique, sans réflexion...

Nous étions tous comme ces chats domestiques qui prolongaient un comportement de chaton toute leur existence parce qu’ils n’ont plus à chasser, plus à chercher un abri, leur pitance...

Tout était construit sur les enfantillages.

La notion de survie nous échappait totalement puisque nous n’avions plus à faire le moindre effort... Nous n’étions plus maître de notre mort.

Ainsi, pour tous ceux qui n’avaient pas à rechercher un toit et de la nourriture au quotidien, il y avait les divertissements.

La première industrie du monde occidental était la production de films, de documentaires, de reportages, de dessins animés, de pub, de parcs d’attraction, de gadgets, de décors, de jeux vidéo, jeux en réseau, jeux de société, jeux olympiques, de livres, de produits artistiques non identifiables, de lieux virtuels ou réels de rencontres, de festivals, de... et le commerce (ça en amusait plus d’un de faire ce type de boulot).

Il n’existait, au fond, pour rester calé tranquillement dans nos vies d’enfants/rien et d’adultes immatures, que des loisirs à consommer.

S’inventer des addictions, c’était aussi remplir le grand néant de nos existences.

Particulièrement, des êtres exceptionnels étaient mis en exergue systématiquement dans les médias. Ça entretenait le crédit d’une société fondée sur l’illusion de la réussite individuelle.

C’est ainsi que des millions de personnes finissaient par vivre des dépressions destructrices tandis qu’ils ne subissaient aucune famine, aucune difficulté liée à la survie, à la maladie... Pour 30 euro, chacun entrait dans un parc d’attractions fait de carton/pâte et de smicards suant dans des costumes en fourrures/chimiques. Pour 20 euro par an, on pouvait devenir le meilleur buteur du canton. Pour 10 euro, on pouvait bousiller et massacrer l’armée des Ogres sur son écran de télévision.

Quand, au 20ème siècle, on offrait un lopin de terre à des ouvriers pour compléter leur alimentation, on donnait aux êtres non-sens que nous étions devenus, des anti-dépresseurs, des jeux vidéos et des super héros en costard qui avaient fait fortune en Chine. Pour les plus nazes, c’était emplois aidés et clubs de sport...

Nous ne rencontrions jamais les héros dont on nous parlait, et nous le savions. Nos vies à nous seraient éternellement pathétiques.

Pas de Dieu (parce qu’à d’autres époques, ce héros là, lorsqu’on l’implorait, parfois il nous aidait...). La promesse de lendemains statistiquement affreux (réchauffement climatique, vieillissement de la population, appauvrissement contraint si l’on ne quittait pas le continent, élections fondées sur l’image et le baratin, etc.). Et bien évidemment, comme nous n’étions, finalement que des gosses tentant de piger le monde dans lequel nous vivions, nous étions incapables de réagir, par peur de perdre ce que nous considérions comme des choses essentielles pour nos vies : un frigo, un toit, un lit et une bagnole...

L’ultra minorité qui conduisait ce système, comme toute élite qui se respecte, faisait en sorte de maintenir un climat de doute permanent. Nourrir les gens de mensonges sur un avenir luxuriant et les noyer aussitôt dans la peur des dangers qui guettaient à nos portes (délinquance purement statistique, rarement vécue, menaces nucléaires impalpables, réchauffement climatique imminent, accentuation des problèmes sociaux si nous n’adoptions pas totalement un système ultra capitaliste mondial, et hypocrisie quant à de pseudo forces politiques nationales qui, de fait, n’étaient plus que les joujoux jouissants d’inconnus surpuissants à la tête d’organismes mondiaux qui ne prenaient jamais la peine de communiquer sur leurs actions de modification profonde des structures économiques, sociales et politiques du monde, dans sa totalité.).

C’était un peu comme si des êtres supérieurs (et qui se définissaient comme tels) nous contraignaient à une posture de soumission...

OMS, OMC, ONU, UNESCO, CEE, CONSEIL DE SECURITE, MULTINATIONALES, OTAN, OPEP, ... 98% de l’Humanité était exclue de son destin. Point.

Suis furieux, suis vraiment totalement furieux. La moitié de ces connards d’ouvriers qui se révoltent. Pathétique. Ils sont si médiocres. Ils sont complètement affreux. Leurs petits culs qui gesticulent sur le cargo. Ils se battent. « On fait quoi la Vérole ? Qu’est-ce qu’on fait merde ?! » Le pilote de l’hélico est un blondinet très excitant. Un fils à papa mort. Je l’ai embauché uniquement parce qu’il sait se soumettre sexuellement à mes clébards de body guards. Il m’a permis de réaliser le meilleur des albums photos porno de toute ma carrière secrète. Parallèle. Réservé aux gros patrons des multinationales de l’économie OGM, durable... Ah je ris. On s’en fout. Ah ! Mais laisse-les faire ! Qu’ils se révoltent ! ça donnera un sens à ce qu’il reste de leurs existences minables ! Laisse-les se boire le sang, les uns les autres. Laisse-les... Un bateau et du matériel, ça se remplace... Je les vois se castagner. Ils sont si désespérés qu’ils massacrent leurs propres collègues.

Juan et moi nous sommes mis à l’écart des autres non insurgés. De l’autre côté du cabanon. Il fait très humide et très chaud. Les premiers panaches de fumée traversent le ciel. Ils ont commencé à mettre le feu après avoir purement et simplement bousiller les ouvriers marins. Certains ont été jetés par-dessus bord, et d’autres ont été tués à coups de bâtons, de pioches et de pelles sur le pont. Ça sent le sang en torrent jusqu’ici.

« Ils sont en train de niquer tout, ces connards... Les révolutionnaires, les rebelles désespérés sont les pires égoïstes qui puissent exister... Et prétentieux avec ça.

-  Tu devrais pas dire ça mon vieux... Les rebelles, i z’ont souvent changé lé monde, rétorque Juan.

-  Ils ont changé le monde pour eux sous prétexte de défendre les masses opprimées... Ils ont fini par devenir encore plus pourris que ceux qu’ils combattaient... Michaël et ses sbires sont des grosses saloperies d’envieux de gauchistes. Ils ne font rien pour personne. »

Un tonnerre extraordinaire secoue l’atmosphère... Le cargo semble s’être brisé en deux sous le coup d’une explosion magistrale. Ces engins fonctionnent à l’hydrogène. Lorsque ce carburant est mal géré, il peut provoquer des dégâts incroyables...

C’est au ralenti.

Des membres arrachés, des troncs déchiquetés, des corps entiers catapultés dans les airs. L’amour. La vibration de l’atmosphère. Je mime le battement des ailes en reluquant ce joli jaillissement lent de viande et de feu. Nous faisons comme des petites pirouettes et des petits cris mioches qui jouissent justement. Juan me fait un sourire. Ralenti. Je lui fais le sourire. Ralenti. Nous fixons la carcasse en flammes/bulles qui coule doucement sur la surface sombre de l’océan/huile. L’amour. Nous ressentons de l’amour pour le massacre. Ralenti. Le ciel. Oh le ciel ! Ralenti. Accélération. Puissance.

Ces rats ont littéralement anéanti la seule barque de secours...

C’est tellement beau cette explosion multicolore. Je tapote sur l’épaule du little blondinet/la/salope pour qu’il me reconduise chez moi. « On balancera une grosse caisse de bouffe pour les couillons qui ne se sont pas révoltés. Petites putes. »

Je parle ensuite à mon second conseiller, qui est à New York pour un gros contrat sur les ordures de cette ville de merde... « Ici ça a chauffé. Les fils de pute d’ouvriers se sont révoltés en partie... Tu continues à discuter avec ces connards de la mairie de New York pendant que je cherche une nouvelle Ile dans les Caraïbes, avec des ouvriers nègres... Les blancs j’arrête... Qu’ils crèvent dans leurs espoirs... J’veux du fils de pute à g’noux moi ».

J’avale mon café. En renverse une goutte sur ma cuisse. C’est chaud. C’est chiant que ce soit si chaud. C’est bien. Mon Usine, la suite...

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-  source : Andy Vérol & Hirsute

torpedo