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vous êtes maintenant mon Usine
une nouvelle d’Andy Vérol

14 mars 2007

par torpedo

(JPEG)

La boule dans la gorge. Cette chose qui a l’odeur de la vexation. Il fait chaud. Le mot "chaud" sera répété des dizaines de fois. L’hélicoptère tourne au-dessus de l’Ile. Ils triment dur. Ils ressemblent à des clochards. Des gens/haillons avec des petites mains calleuses, des gros nez. Ils ont des petites jambes. Des petits sexes, j’imagine, plein de petites peaux qui se barrent. Il y a des volutes de fumée partout. Des crevasses. Il y a des bulldozers qui soulèvent les déchets, les ordures.

La torture.

Des hommes qui s’éreintent pour mourir pour mon chiffre. D’affaires. Fainéants. Les congés payés. Je ne sous-estime pas le bonheur des gens. Je ne les aime pas les gens. Les gens ne m’aiment pas.

Je suis avachi sur mon demi. Demi-lumière, demi-bar, demie-salle fumeur, un junky. Non pas de junkies. Plus de "dépraves". Les flics. Les flics sont les bons clients. Ils parlent fort. Ils ont confiance. Toucher la confiance du bout du flingue. Le pouvoir.

Pourvoir aux besoins de sécurité des gens.

"Un autre s’il vous plait", je lance au patron portugais. Gros collabo. Reste discret. Je la plie l’échine. Fait chaud. Je dirai souvent qu’il fait chaud. Il fait toujours chaud maintenant, comme en Afrique, là-bas. Les gros moustiques avec des culs plein de sang d’hommes.

L’hélico finit par repartir. Pas envie de faire de visite aujourd’hui. ça pue trop. Ils sont trop pathétiques avec leurs gueules de corons en tee-shirt. La torture. Ce qu’ils endurent. Pour m’enrichir. Pas cynique. Je ne veux pas. Ils aident à minimiser les effets du réchauffement de l’atmosphère. Esbrouffe.

Ferme le robinet quand tu as fini de te brosser les dents !

Mon demi est déjà à demi vide. Je suis à demi ivre, à demi conscient. J’ai conscience que ces flics me reluquent et me jugent déjà. Les juges sont rouges, paraît-il... Les flics sont si sains, honnêtes, ils sont... tellement utiles. Je baisse les yeux dans la mousse de ma bière.

Mise en bière.

Je ris seul. Plutôt je tressaille. Je sursaute un rire. Un quart de seconde.

Il y a ce gros écran plasma qui déverse des matchs de foot et des clips de merde toute la journée. 14h00. Je crois. Je suis retourné.

On atterrit sur mon héliport. Des dizaines de gamins habillés en blanc, tout sourire, regardent l’engin se poser. Ils applaudissent. Oh ils applaudissent les petiots ! C’est mignon les petiots ! Il fait très chaud. Mon brushing est de nouveau éclaté par le vent puissant généré par l’hélice. Les enfants courent tout autour. Je leur balance quelques billets et entre dans ma demeure, entouré par mes molosses et mes boygaurd. Hum. Body-body touch, tu t’souviens ? Non.

Les flics finissent par partir. Le patron leur a indiqué l’adresse d’un client régulier qui a poignardé un mec hier soir. Il leur donne des infos, leur offre le verre. Pourquoi faire ? En faisant ça, ce gros con risque surtout d’avoir de gros problèmes. Je me recroqueville un peu plus sur mon verre. ça sent bon la bière.

Combien de bières déjà ?

Faut que j’aille faire des courses. Mes bourses pleinee. Les putes se font rares dans la rue. Prise de contact via Internet. Mes yeux roulent. Je suis beurré. Merde. Les murs en fausses briques me donnent la trique.

source : Andy Vérol & Hirsute

torpedo