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e-torpedo-le webzine sans barbelés
Ségolène Royal : Désir de silence

2 mars 2007

par Serge Rivron

Retour d’un “débat participatif” qui avait lieu ce soir dans mon bled, animé par la candidate PS de la circonscription aux législatives.

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C’est encore plus débilitant que tout ce que j’imaginais.

Candidate animatrice (d’ailleurs pas la pire), public de vingt-cinq personnes composé uniquement de copains de section (sauf le journaliste local et moi) qui se tutoient et s’approuvent en balançant chacun à leur tour une rengaine teintée de vécu, et dont neuf fois sur dix la “leçon” contredit celle du PS - ce dont les intéressés n’ont bien évidemment pas conscience, tout embaumés qu’ils sont par la confiance inébranlable qu’ils ont en la capacité de leur championne à guérir bientôt tous leurs bobos.

Une vieille adjointe pétrie de solidarité, après avoir lamenté sur toutes les misères que rencontrent ses administrés, se met à accuser l’Euro. Elle est doctement reprise par un retraité pingre qui rappelle qu’il faut se féliciter d’avoir l’Euro, mais qui cependant modère camaradesquement sa semonce en expliquant qu’effectivement avant l’Euro il laissait un pourboire d’un Franc chez le coiffeur, et que maintenant il laisse une pièce de 50 centimes, ce qui est mine de rien trois fois plus qu’avant !

Sur quoi la vieille adjointe rembraye, que le pain est devenu soudain horriblement cher, et que la note de boulangerie mensuelle est à peine tenable, “on s’est vraiment fait avoir !” - Elle ne propose pas de pendre les boulangers, mais on n’en est pas loin.

Quelqu’un voudrait aussi qu’on pense à la précarité des jeunes, des vieux, des gens du voyage, des travailleurs pauvres, des agriculteurs, des gens qui n’ont pas de voiture, des gens qui sont obligés d’en avoir deux parce qu’ils vivent loin leur travail à cause du prix du terrain en ville, des parents qui ne se voient plus assez à cause de l’évolution des rythmes de travail, des usagers du train qui sont obligés de l’attendre, des petits épargnants qui ne peuvent pas épargner...

Sur quoi le retraité pingre ramène sa science pour sortir une stat INSEE qui montre que les Français consacrent en moyenne 17% de leurs revenus à l’épargne. Hourvari dans l’assemblée :

-  “quand même, on ne peut pas dire des choses comme ça ! qui épargne 17% quand il gagne le SMIC ?!”

Le retraité pingre un peu gêné dit que pas lui, mais que c’est un fait statistique, bien sûr c’est une moyenne, lui il épargne pas tout ça mais ...

“L’épargne, c’est pas une question de revenus, c’est un mode de vie”

, tente un intellectuel quinquagénaire pour venir en aide au retraité pingre.

Nouveau chahut, qu’interrompt cette fois l’animatrice candidate qui se rend bien compte que tout ça n’est pas vraiment dans la ligne du parti : “Robert, tu sais bien que lorsque j’ai pris la décision de revendiquer l’investiture, c’est toi que je suis venue voir en premier, pour t’expliquer ce qui m’y poussait. Tu sais bien que...”

Je n’entends pas la suite, me barre en douce. C’est dommage, au programme y’avait aussi qu’on essaie de trouver des solutions participatives aux questions et aux constats soulevés. Bah ! Pas grave :

j’irai faire entendre ma voix sur “désirs d’avenir” !

Serge Rivron