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Arnaud Labrell, un coupable idéal
par aline elorn

24 février 2007

par torpedo

(JPEG) C’est vrai qu’à priori on lui donnerait la guillotine sans concession. C’est vrai que le faciès peu avenant du personnage, une bonne tête d’assassin, explique au premier abord une condamnation à perpétuité.

L’accusé, Arnaud Labrell, un jeune homme d’une trentaine d’années, a été condamné pour le meurtre de ses parents.

Au vu des expertises, ceux-ci seraient décédés suite à l’ingestion d’une dose mortelle d’arsenic.... qui aurait été administrée par leur fils.

Mais voilà.

Après une heure de " Verdict " diffusée le Samedi 10 février à 14 H, émission consacrée à l’affaire Arnaud Labrell, ça coince.

On peut s’étonner qu’un être dépeint comme un personnage machiavélique ait commis un meurtre en " 5 minutes" en se faisant accompagner d’un futur témoin à charge (qui allait confirmer qu’Arnaud Labrell a bien rendu visite à ses parents le jour du meurtre), "machiavélisme" qui confine à la crétinerie.

On peut s’étonner qu’un être dépeint comme un personnage machiavélique, préméditant un meurtre depuis plusieurs mois, n’ait pas eu l’idée de dissimuler un tant soit peu des traces d’arsenic sur ses cheveux, ses vêtements et dans sa voiture.

On peut s’étonner du fait qu’Arnaud Labrell qui aurait empoisonné son père depuis 10 mois, aurait soudain empoisonné sa mère depuis 4 mois alors qu’elle subvenait à ses besoins derrière le dos du père.

On peut s’étonner qu’aucune investigation n’ait été établie pour savoir d’où pouvait provenir l’arsenic.

On peut s’interroger sur le fait qu’un officier de la gendarmerie, ayant des liens très proches avec la famille, ait pu être de près ou de loin mêlé à l’enquête.

On peut s’interroger sur le crédit porté à l’accusation par une soeur contre son frère, quand il est question d’un héritage (puisque le mobile serait l’héritage) où les deux ont un intérêt, sachant que la condamnation d’Arnaud Labrell peut tout simplement conduire à le déshériter.

Selon l’article 726 du code civil, sont indignes de succéder :

-  1º Celui qui est condamné, comme auteur ou complice, à une peine criminelle pour avoir volontairement donné ou tenté de donner la mort au défunt ;

-  2º Celui qui est condamné, comme auteur ou complice, à une peine criminelle pour avoir volontairement porté des coups ou commis des violences ou voies de fait ayant entraîné la mort du défunt sans intention de la donner. "

Le procès d’une rumeur... à l’instar d’Outreau.

Comme il a été donné à des notables d’être accusés de pédophilie simplement parce qu’ils étaient des notables, tout désignait Arnaud Labrell coupable de parricide, simplement parce qu’il avait le profil du coupable idéal. Mésentente familiale, discorde avec le père, personnalité de l’accusé : un sale gosse, un marginal qui ... "empoisonnait" l’existence de ses parents, voire de ses proches.

Dès le décès de ses parents, la rumeur accusait Arnaud Labrell.

Tout comme les "acquittés" d’Outreau ont été condamnés par une rumeur, Arnaud Labrell a fait les frais d’une "pré-condamnation".

Le procès d’un comportement... à l’instar de Patrick Dills.

Arnaud Labrell n’a pas eu le comportement qu’il fallait au moment où il a appris le décès de ses parents.

Il n’a pas eu un "comportement type", n’a pas su manifester une "douleur ordinaire".

Arnaud Labrell n’a pas eu le comportement qu’il fallait au moment de l’enquête.

Quand Arnaud Labrell a voulu savoir de quelle manière ses parents ont pu ingurgiter de l’arsenic, il est devenu un "être machiavélique et manipulateur ". Ce n’était pas à lui, coupable désigné, d’enquêter sur le sujet.

Arnaud Labrell n’a pas eu le comportement qu’il fallait au moment du procès en appel.

Arnaud Labrell a tenu des propos confus, des "dénégations pleines d’insuffisances", n’a "que très rarement répondu aux questions" tentant de noyer son auditoire "dans une foule de détails sans intérêt". Il est vrai qu’un homme ratatiné par la prison, qui a déjà été lourdement condamné en première instance, qui se sait être le coupable idéal, est tout à fait enclin à tenir des propos mesurés et un discours serein.

De même que Dills a été condamné pour son "comportement", Arnaud Labrell a fait les frais de son "comportement"

Une expertise psychologique 100 % à charge

Les expertises psychologiques ont souvent révélé leurs failles. Selon la partialité et l’objectivité de l’expert désigné, l’interprétation peut prêter à réflexion : les propos d’un innocent qui cherche à connaître la vérité peuvent très bien devenir ceux d’un coupable qui cherche à dissimuler cette même vérité.

Le moins que l’on puisse dire, il n’y a eu aucune mansuétude de la part de l’expert vis-à-vis de l’accusé dépeint à l’extrême comme un personnage monstrueux.

Mais on connaît le poids des erreurs des expertises psychologiques.

Défendre Arnaud Labrell

Parce qu’Arnaud Labrell a été condamné à la prison à perpétuité, sans preuves, sans mobile, sans témoignage,

Parce qu’Arnaud Labrell a été condamné sur une rumeur et pour son "délit de faciès"

Parce que le Procureur de la République a relevé des "zones d’ombre" dans le procès

Parce que le "doute" doit profiter à l’accusé, ce qui n’était pas le cas dans ce procès

Parce que cette "erreur judiciaire" peut toucher tout un chacun

Un appel à mobilisation est lancé

source : Portail du livre

torpedo