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Des casernes pour ré-éduquer les délinquants ? par Louise

12 février 2007

par torpedo

Suite au meurtre d’un jeune homme à Ostende, le ministre de la Coopération au développement Armand de Decker s’est déclaré le 9 février favorable au placement des jeunes délinquants dans des unités disciplinaires de l’armée. Le Mouvement réformateur approuve. Le clairon sonne le retour de l’ordre moral et de la militarisation de la société

Une, deux ! Une, deux !

(JPEG)

Le ministre de la Coopération au développement Armand De Decker s’élance au pas de course vers les élections législatives.

Après avoir proposé de relancer le service civil sur " base volontaire ", le voilà qui propose de placer les jeunes délinquants violents non pas en prison mais à l’armée, dans des " unités disciplinaires, sous contrôle judiciaire ".

On sent très vite les trésors de pédagogie que le caporal De Decker peut déployer pour les jeunes " en panne de repères ", " en quête de valeurs " : " Ils apprendraient qu’il existe plus fort qu’eux. " Bondiou d’bondiou, m’en va dresser c’te gaillard-là... A l’état-major du Mouvement réformateur, Didier Reynders remarque que cette idée " rejoint le programme du MR ". [1]

Ce projet ne tombe pas du ciel. L’émotion provoquée par le meurtre de Joe Van Holsbeeck pour un MP3 en avril 2006 et celui de Bart Bonroy pour une cigarette le 3 février sont inscrits en filigrane de cette proposition sécuritaire. Il s’agit donc davantage d’émocratie que de démocratie posée lorsque De Decker déclare que " la violence gratuite augmente chez les jeunes. Les parents sont de plus en plus en décrochage d’avec leurs enfants. Avec le service militaire, les jeunes étaient confrontés à la discipline, l’hygiène, la solidarité interpersonnelle... " [2]

A côté de cette mesure, De Decker en propose deux autres dont le but avoué est également de rediscipliner la jeunesse.

La Grande Muette doit en être bouche bée : il n’y en a pratiquement que pour elle. De Decker veut ainsi relancer l’idée d’un " service civil ou militaire volontaire ". Et de compléter : " Cela peut se faire chez nous : à la Protection civile, dans les CPAS ou à l’armée. " La philosophie du jour semble se résumer à : Puisque ces p’tits gars ont de l’énergie à revendre autant que ce soit sous l’ drapeau... Et puis, pourquoi pas, p’t être même qu’y z’aimeront ça et qu’y z’y trouveront un boulot.

On ne pouvait guère attendre de grandes mesures sociales de la part d’un ministre libéral, mais l’on croit avoir les oreilles en forme de lavabo lorsque De Decker déclare que " les jeunes en fin de secondaire devraient faire un stage de 15 jours dans le secteur public. Ce serait un filet social pour rattraper les moins favorisés. ". [3]

-  Qu’apprendrait-on de si pédagogique dans ces stages ?

" On y expliquerait nos institutions, on y enseignerait des règles de disciplines ou de respect des autorités. ", précise le ministre. [4]

Des fois que le retour à l’ordre moral ne serait pas assez clair, il annonce que ces stages seraient donnés par " le fédéral, les Communautés ou l’armée. "

Dans cette confusion des genres, il y a comme un air (de clairon) de militarisation de la société.

Apprentissage de la discipline, respect des autorités...

-  A travers ces mesures de droite body-buildée, s’agit-il pour le ministre De Decker de gérer à la fois la dégradation sociale et de faire face aux violences mais aussi de se prémunir contre... les contestations sociales ?

-  Et que recouvre exactement la notion floue de " délinquance " ?

Fera-t-on un séjour au bataillon après une manifestation pour la revalorisation de l’enseignement, comme on en a connu en 1996 ?

-  Puisque De Decker semble se soucier des " moins favorisés ", ne devrait-il pas s’interroger sur les causes sociales et économiques de la violence de certains jeunes ?

Ne nous lui ferons pas l’affront de lui rappeler l’existence des régions sinistrées, ni celle des quartiers-ghettos ni celle des logements à la limite de l’insalubrité. Nous ne lui rappellerons pas non plus les écoles-ghettos ni le chômage qui donne à la vie des allures de cul-de-sac... Aider les " moins favorisés ", ça ne passe pas par l’instauration d’un service civil ou militaire " volontaire " (avant d’être obligatoire ?).

Travailler avec des jeunes, leur permettre de construire LEUR futur, nécessite d’écouter leurs attentes, de revaloriser l’enseignement, de mettre en place des cours d’éducation civique, de lutter pour l’égalité économique et sociale notamment dans les secteurs du logement et de l’emploi.

Il est temps de faire le lien entre pauvreté, exploitation, oppression et délinquance patronale.

D’aller chercher réellement les données sociales et les chiffres pour foutre en l’air toutes ces rumeurs volontaires sur la classe sociale dangereuse que seraient les " jeunes ".

Certains ministres semblent vouloir revenir à l’" éducatif " par le développement des foyers fermés, des stages " éducatifs ", de l’apprentissage de normes de soumission pour une société qui marche au pas. Si ces mesures se veulent nouvelles, l’idéologie sécuritaire dont elles sont issues ne l’est pas.

Actuellement, même si la contestation grandit chez les travailleuses et travailleurs sociaux, psy, enseignants, la mobilisation a du mal à sortir du milieu " socio-éducatif ", alors qu’il s’agit bien d’un problème politique, de société.

Les élections législatives 2007 donnent décidément des idées surprenantes aux uns et aux autres.

Et ce qui sortira des urnes ne risque pas de changer grand-chose puisque gauche et droite ont sensiblement la même approche en matière de sécurité.

Louise samedi 10 février 2007 Source : A Voix Autre

Notes [1] " Le Soir " du 9 février 2007 [2] " Le Soir " du 9 février 2007 [3] " La Libre Belgique " du 10 février 2007 [4] " Le Soir " du 9 février 2007

-  Lu sur : Radio Air Libre

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