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La chair
extrait du roman de Serge Rivron

27 décembre 2006

par torpedo

(GIF) Elle est dedans, et je suis en elle. Nous sommes la même chair et nous nous unissons. Entends-la geindre et s’échauffer, entends son souffle et sa salive à ton oreille ! baise-moi ! baise-la ! Elle a dégainé ton épée, dans sa main te dresse et prépare la noce ­ cette noce qui fera la chair se réunir à la chair à nouveau, cette noce venue du fond de l’homme et de la femme, remontée et attendue du fond des âges, cette noce fomentée et guettée depuis qu’en ce jardin où les anges tombaient, la chair s’est séparée de la chair.

Sens-la, hume-la !

Vous êtes à nouveau réunis en ce jardin, et nus, et vous vous regardez sans crainte, et nu est l’autre près de toi, et tu es nue de lui, et vos chairs engendrées vont remonter la chair jusqu’à la source de la chair.

Regarde-là, écarte-là comme elle se love. Dedans ta brume tu reconnais les choses d’en-dessous, les vois s’ouvrir, muqueuses corolles, moites étranglements. C’est encore sa main qui te guide.

-  Qu’est-ce qu’elle me veut ?

Ne parle pas, halète ! Elle t’attend dedans, tu vois son ventre qui se soulève, sa peau de lait ardent, sous les murmures mouillés son téton à gober, ses seins mollets, elle est dedans il te suffit que tu la perces.

Carole ? ­ tu l’appelles.

Tu reconnais les choses d’en-dessous, la toison légère qui borde le corail, la mousse, les lèvres, l’anneau. Perce-la ! Délivre-la, délivre-toi de sa chair !

Elle tient la tige à sa racine, la déshabille, à cru débarrassée de peau la plaque contre les parcelles d’elle tendues d’amour. Elle s’oint de toi. Tu viens, Michel. Elle tient le goupillon, l’enserre. Donne-lui ! Elle est ta chair et s’y soumet. Comme tu tangues ma belle, comme tu ondules ! Ecarte-toi, écarte-toi encore !

Dedans, dehors, il n’y a qu’un pas pour se connaître, quelques centimètres de souffle humide à traverser, pulpe de sang, rosée d’entrailles.

Je suis dedans.

Je te rejoins. Mon couteau cambré perce ton ombre enfin. Bourgeon gorgé de sève cherche gangue à éclore.

Pioche, pioche, bêche-moi ! Prépare l’empalage, fouille ! Retourne toute ma terre, enfonce-toi cent fois, mille fois ! Expulse-moi d’où je t’expulse, frotte-toi en moi jusqu’à irradier nos tissus, chauffe-toi, pique-toi ! Fous-toi en moi jusqu’à la garde ! Mêlons nos jus, nos bruits intimes, gargouillements, succions, crachats ! Entre-moi ! Déchire-moi par où tu sors et dévore-moi par où tu rentres !

- Elle dit, mais il me semble qu’il n’y en a plus pour très longtemps. Ou c’est moi qui le dit. Parce que nous sommes en train d’éclore ensemble au nom du père, sangs mêlés, giclées chaudes. Poumons, coeurs, foies, viscères, tous nos organes s’appellent autour du volcan où s’aspirent nos sexes, tous nos organes se veulent, sangs mêlés, giclées chaudes, tous nos organes se lèchent, dents, narines, ongles, aisselles. Irrite-moi, irrite-moi encore, brûle mes parois ! Je prends tes trous et tu les donnes.

Découpe-moi ! Je te découpe.

Sangs mêlés, giclées chaudes. Fais jouir de moi chaque organe, chaque parcelle, gorge, intestin grêle, sinus, mes peaux mortes, mes sucs, mes doigts un à un, de pieds, de mains, mes phalanges, mes ongles ! Dissèque-moi ! Cette fois nous y sommes, nous sommes en train d’éclore.

Viens !

-  Le site de Serge Rivron

source :
-  La Vénus Littéraire

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