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Un Prix Nobel pour le néolibéralisme ? par Réd

1er novembre 2006

par torpedo

(JPEG) L’attribution du Prix Nobel de la paix à Muhammad Yunus, "avocat de l’argent des pauvres" (Le Temps, 14.10.2006), a suscité une avalanche d’articles aux odeurs d’encens religieux.

Il est vrai que le microcrédit est à la mode. Hillary Clinton n’a eu de cesse de parler de son voyage au Bangladesh et du rôle du microcrédit. L’ancien collaborateur de Donald Rumsfeld, spécialiste des armes de destruction massive, Paul Wolfowitz, aujourd’hui à la tête de la Banque mondiale, est aussi un fervent partisan du microcrédit.

Il n’est donc pas étonnant que la généreuse idée de Muhammad Yunus soit aujourd’hui reconnue.

Ce qui a peu été souligné, tout d’abord, c’est que ce sont les "moyens pauvres" qui ont accès à ces microcrédits. Les indigents n’y ont pas accès. Ensuite, les études plus détaillées, comme celle de Gina Neff, montrent que bien peu sortent, par ce chemin, de l’insécurité et de la pauvreté, et que, huit ans après avoir eu accès à un crédit de la Grameen Bank, 55% des familles ne peuvent toujours pas faire face à leurs besoins alimentaires essentiels.

Elles utilisent ces prêts pour des achats et non pour un investissement.

Thomas Dichter a publié les études parmi les plus fouillées sur le microcrédit . Et ce n’est pas un économiste radical. Il conclut que les personnes les plus pauvres ne peuvent utiliser ce type de crédit "de manière productive".

Selon lui, il leur faudrait des sommes plus importantes avec des conditions de crédit différentes, des taux d’intérêt beaucoup plus bas et à plus long terme. Même cette conclusion pourrait être discutée.

Mais l’opinion modérée de Dichter n’a même pas été divulguée dans la presse.

Il est vrai qu’en Suisse le microcrédit existe à côté de la macrogestion des grandes fortunes privées.

Le fondateur de BlueOrchard Finance à Genève, Jean-Philippe de Schreval, voit dans l’attribution du Prix Nobel à M. Yunus une occasion "d’accélérer la croissance du secteur" (Le Temps, 14.10.2006).

Ce secteur, rentable, est censé, selon De Schreval, établir "un lien entre deux mondes qui ne se parlaient pas : d’une part, les démunis qui n’avaient aucune chance d’accéder au crédit et, d’autre part, les clients des banques privées, les fonds de pension et les investisseurs institutionnels".

BlueOrchard travaille, entre autres, avec la Compagnie financière Edmond de Rothschild à Genève et avec Credit Suisse (pour ce dernier, par le biais du fonds de placement Respons Ability).

A coup sûr, après ce Prix Nobel, "deux mondes qui ne se parlaient pas" vont se rencontrer. Où et comment, on l’apprendra plus tard.

source : Radio Air Libre

torpedo