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Mon usine
une nouvelle d’Andy Vérol

Catégorie free littérature
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(JPEG) Nous avions fait étape à Marseille avant l’embarquement. Nous ne savions quand exactement. « Impossible de savoir les mecs... Y a pas de place en ce moment... » J’avais quitté ma femme pour rien. Ils m’avaient en fait mis sur une liste d’attente.

L’endroit où nous étions parqués était une barre HLM désaffectée... Nous étions trois par chambre si bien que les odeurs âcres de nos corps sales ne faisaient qu’amplifier notre écœurement.

Un robinet d’eau salé pour 28... Pas de savon. Nous avions droit à un citron par résident, et par semaine, pour frictionner nos corps et tuer la crasse. Et pour se nourrir, la firme nous fournissait un bol de soupe et une barre de céréales. C’était si misérable comme conditions, que j’ai très vite eu envie de repartir chez moi. Après tout, la misère serait plus facile à vivre auprès de ma bien-aimée.

La chaleur.

Les jours passaient sans que nos conditions de vie ne s’améliorent. Je vivais avec un certain Bruno et un Marcel. Un vieux bonhomme au caractère péchu. « Tu vas pas rester comme ça, à glander dans le bâtiment. Viens avec moi, j’ai un boulot spécial et bien payé pour toi. »

Depuis quelques mois, notre gouvernement auto-proclammé avait mis en place une politique de la natalité novatrice. Cela consistait à pallier la stérilité massive des jeunes gens - Du fait de l’extermination des spermatozoïdes par les pesticides et autres insecticides essentiellement concentrés dans les fruits et légumes que nous ingurgitions encore - par le prélèvement de sperme sur des vieillards séniles mais grands producteurs de semence.

Dans les premiers temps, le gouvernement procéda aux prélèvements grâce à un pontage fait directement avec une seringue, dans les couilles du vieillard. Mais cette solution coûteuse, et par trop délicate, fut abandonnée au profit d’une méthode plus conventionnelle...

Ça m’angoissa, au premier abord. Dans la salle d’attente, la chaîne météo enchaînait les reportages sur le changement climatique. La tête de pet qui se chargeait de l’information météorologique et environnementale ne cessait de rappeler que nous étions coupables d’aider l’espèce humaine à disparaître.

Et je me demandais bien ce que je pouvais faire de plus pour renverser la tendance climatique.

J’étais venu dans ce bâtiment hospitalier grâce au bus éthanol public. Puis j’avais fini à pied, sous le cagnard, les pieds bouffés par les frottements de ma peau contre les crevasses cuir de mes vieilles pompes de merde.

« Suivant ».

J’entrai dans un bureau où un vieux docteur en blouse blanc/grise était assis, la face grise/blanche, le regard bleu et les cheveux poivre et sel. « Asseyez-vous... » Je me rappelle avoir pensé à ma femme, à cet instant exact où je posais mon derche sur la chaise en osier.

« Votre état civil. Nom. Prénom. »

Je m’énumérai. Me laissai une fois de plus coucher sur un formulaire gouvernemental. Une pièce de plus à joindre à mon casier de citoyen déchu. Nous étions tous des citoyens déchus. Des coupables devant la République et devant Dieu d’avoir trop consommé et d’avoir tout détruit. Odieusement.

Puis il se pencha, ouvrit un tiroir coulissant puis réapparut et déposa 12 petits récipients en plastique. « Vous allez entrer et faire leur affaire à 12 personnes. » Putain, je tremblais de tout mon long. J’avais l’impression de devenir une grosse pute. Mais je pensais à l’oseille : 2 euro par spécimen... 24 euro... Deux fois par semaine. Une fortune... Merde.

L’hélico fout un bordel monstre. Un nuage épais d’insectes grouille au-dessus de la vallée de boue... Nous allons être, une fois de plus, becquetés, par ces saloperies de moustiques gigantesques, tandis que nous remettrions tout en ordre.

Le haut-parleur. La Vérole braille : « Le matériel nécessaire à la reconstruction est en route. 12 jours viennent de se passer, et vous avez presque tous survécus. Bravo. Je suis fier de vous. Globalement. »

C’était une pièce plongée dans l’obscurité. Une pièce tout en longueur à peine éclairée par une ligne de lumière diurne jaillissant d’une toute petite fenêtre. Etaient alignés les douze lits sur lesquels étaient sanglés douze vieillards nus. Comme endormis. Ronflant pour certains. Bavant pour d’autres. J’avais en mains, mon plateau rond en aluminium qui m’aidait à transporter les récipients.

Les souvenirs de l’existence. La vie normale.

Lorsque nous n’avions qu’à sortir pour aller chercher du travail ou acheter du pain. Ces années passées à angoisser pour des conneries, les factures à payer, le passage devant un juge, la peur de ne jamais être aimé, le repli sur soi, tourner en rond... Nous avions tant de riens, tant de peu de choses. Nous étions si peu malheureux au fond.

J’allai d’abord au fond de la pièce où l’obscurité était la plus épaisse. Et sans trop réfléchir, j’ai chopé la bite de ce vieux tout flétri et j’ai commencé à le caresser avec délicatesse. Merde ! J’avais jamais touché la bite d’un mec. Jamais. Et je me trouvais là, à branler un vioque sénile... Son truc était très gros, bien plus balèze que le mien... Je n’avais jamais prétendu avoir un membre immense, mais je pensais au moins être un bon spécimen, si je m’en tenais à ce que mes différentes partenaires du passé avaient pu en dire.

Mais là, celui-là était vraiment très gros et se mit à bander en l’espèce de 3 minutes à peine ! Il bandait comme un cheval, le vioque. Et respirait fort. Râlait. Eructait un peu . Le Porc. Et dans la main gauche je tenais le récipient près de son gland afin de réceptionner la giclette. Qui ne tarda pas à arriver dès que j’entamai la malaxation de ses grosses couilles... Décidément, cette chose qui avait été un homme bénéficiait d’un outil de reproduction tout à fait conforme.

Son corps se raidit. Puis se détendit. Puis je passai au lavabo où je lavai mes mains. Le docteur m’avait donné pour consignes de bien nettoyer mes doigts « afin de ne pas favoriser la transmission de maladies et la pollution des semences. »

L’artisanat.

Avant d’attaquer le deuxième client, je remarquai que tous ces hommes étaient des blancs... Plutôt grands. Et, malgré la flétrissure de leurs peaux, ils restaient assez athlétiques... J’avais comme l’impression que nous avions pour objectif de favoriser une forme particulière d’êtres humains.

Le second était moins bien pourvu, tout du moins avait-il une bite assez petite, peu active, et des couilles très grosses et bien dures... Je perdais un peu la tête. J’avais l’impression d’être dans un corbillard... Dans une morgue plutôt. Avec ces corps inertes, tout juste réactifs via le gland, les boules, l’urètre, le scrotum, ... Je le branlai doucement celui-là. Sans succès. Il n’avait pas l’once d’une gaule qui déforma sa queue. Il me fallait pourtant vider chaque vieillard sous peine de me voir refuser la moitié de mon salaire... C’était ainsi qu’ils s’assuraient de l’efficacité des « masturbateurs ».

Nous avions des canapés, des meubles Ikéa, Maisons du Monde. Des trucs en bois exotiques qui, soi disant, avaient été sélectionnés selon des critères stricts de protection de des forêts. Ben voyons. Nous allions très vite déchanter en nous apercevant que les statisticiens, les scientifiques et autres pompes à pognon public, nous avaient berné jusqu’au lard, en minimisant les chiffres et les résultats de leurs études.

Afin de motiver ce vieux roupillant, j’ai accéléré le rythme. En saccadant aussi la branlette, j’ai vite réalisé qu’il prenait bien son pied... Et surtout qu’il se mettait à parler. Un peu comme si le fait de retrouver les sensations du seul bonheur adulte qu’il soit utile de vivre, il revenait à la vie. « Sa...Lo...Pe... P’tite Sa...lo...pe de pédé ». En allant très vite, en jouant avec son prépuce avec mon index mon majeur et mon pouce, je le portai à l’extase. Son sperme s’écoula abondamment.

Plus encore que son voisin...

Je me lavai de nouveau les mains... Impatient de remettre ça... Mais à chaque « client » sa pénitence... Celui-ci sentait très fort des pieds et son sexe tordu sur la gauche était très gluant...

Les vieux s’enchaînaient. Bien sanglés. J’enchaînais tout du moins. Sans trop réfléchir. Touchant plus de bites que je ne l’aurais fait en 10 vies ordinaires du début du XXIème siècle. Des hommes de l’âge de mon père... De mes grand-pères...

Il faisait plus frais que dehors dans cette pièce. 29-30°c tout au plus, me semblait-il. Il y avait du bon à rester une heure et demi à s’occuper de ces pépés.

Juan et moi descendons dans la vallée.

Il est 23h12 et les moustiques nous bousillent méchamment. Pour éviter le massacre, nous portons un drap qui protège notre crâne, notre nuque, nos épaules et nos bras. Le but de cette opération nocturne est d’essayer de repérer un point d’accostage valable pour les bateaux de la firme. Juan rit en marchant. Il rit un peu hystérique. Légèrement, mais c’est dérangeant. « Qu’est c’que t’as Juan ? » Il ne me répond pas et continue la marche forcée sur le chemin cailloux et graviers. Ronces. Herbes pourrissantes séchées. Branches écorchées. Ruisseaux de sables marron, blonds et baveux.

L’un des hélicos de la Vérole éclaire le notre chemin avec un projecteur énorme.

source :
Andy Vérol & Hirsute

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L’écriture de mon usine

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Publié le 10 avril 2007  par torpedo


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